FRAYEURS (CITY OF THE LIVING DEAD) *

19 Juil

1sur5  Dans l’histoire du cinéma, c’est le déchet passant pour une maladresse géniale voir un exercice de style visionnaire. Racontant l’ouverture du monde des ténèbres au nôtre suite à la pendaison d’un prêtre et au moment d’une malédiction de la Toussaint dont les héros vont tâcher de contrarier les plans, Frayeurs est une épreuve comme rarement. Qu’on y trouve tant de potentiel employé de si vulgaire manière ajoute l’amertume à l’exaspération.

 

L’œuvre de Fulci est parsemée d’éclats, c’est vrai ; mais elle est aussi une des plus surestimées du bis horrifique. Fondamentalement son style est celui d’un nanardeux absolu. S’il séduit néanmoins, c’est parce qu’il y a tous les avatars, tout le décorum dont pourraient rêver les amateurs de fantastique, d’horreur et plus généralement encore d’étrangeté. Et Fulci écume à merveille le catalogue ; et en effet le charme peut opérer à quelques occasions.

 

Mais on a rarement vu aussi peu de subtilité. Les explications de texte d’une indigence vertigineuse ne seraient rien si tout le film n’était pas forgé par ces manières lâches, molles et visqueuses, ces émulations vaines. Que les acteurs soit médiocres n’est pas un problème en soi, ils ne sont jamais tant des objets que dans ce genre ; mais l’écriture calamiteuse en est un.

 

On passe une séance à flirter avec la débilité mentale. Au milieu de l’avalanche de manifestations surnaturelles et macabres, Frayeurs nous balance des sentences glauques (docteur j’ai toujours rêvé d’inceste) pour bien marquer les intentions : le résultat, c’est que Frayeurs est à la représentation des ténèbres ce que T’aime est à l’illustration de l’amour.

 

En-dehors du clou du spectacle, le gore bien crade ou les exploits (comme la perceuse ou la… tempête d’asticots), Fulci rame à un point presque pathétique. C’est-à-dire qu’en dehors des déjections bien trash (et sans impact émotionnel, la faute à un minimum de tenue), toutes les scènes intermédiaires sont, juste, inertes, idiotes, paillardes sans pour autant capter ce qui les auraient sauvées (même si par le bas) : l’humour, la légèreté. Le film et il faut le considérer sans ironie semble avoir été conçu lors d’une méchante cuite généralisée.

 

Trop pressé, trop bourrin, Lucio Fulci ne peut s’empêcher de bombarder ses effets et les surligner, ce qui a l’effet de nous attraper par le col pour nous mettre bien face à son caca verdoyant. Fulci n’a aucun sens de la mesure. En raison des univers et de la période (le bis/underground italien prolifique et désinhibé des 70s) on est tenté de l’opposer ou le rapprocher de Argento (Suspiria, Profondo Rosso) ; mais la meilleure comparaison, c’est avec Carpenter (Halloween, Prince des Ténèbres).

 

Fulci est l’anti Carpenter. Fulci n’a rien à dire alors il crie, sans arrêt. Le cinéma de Carpenter semble immobile et nous amène vers les sommets, celui de Fulci est hystérique, veut nous subjuguer et nous entraîne dans les abîmes de la grossièreté. On est groggy mais écœurés, quand on est pas simplement devenus condescendants. Le gros Fulci croit qu’il faut violer le spectateur pour le terrifier, qu’ainsi il va déguiser ses manques. C’est très embarrassant. C’est sciemment désintégrer l’horreur.

 

Et pourtant ce film se démarque quand même ; alors, pourquoi ? C’est simple, dans le cinéma horrifique transalpin, il y a une chose qui compte plus que tout et transforme un nanar en merveille : les lieux de l’action et les éléments d’ambiance. Si La Baie Sanglante est un classique, c’est notamment pour eux. Si Fulci a réussi quelques percées, c’est grâce à eux. La folie, le morbide, la déviance : tout est là, pas de problème.

 

Il y a même une tentative de raffinement avec la balade finale dans les caves aux reflets bleus. Et en dépit du crash généralisé, on doit relever quelques effets de mise en scène recherchés, comme lorsque l’écran s’est confondu en pupille brisée pour contenir une scène fatale. Enfin, il ne faut pas anéantir Fulci ou faire de son œuvre un bloc compact, car ses deux autres films phares, à savoir L’Enfer des Zombies et surtout, de loin, L’Au-delà, sont largement fréquentables, avec leur lot d’originalité et d’élégances.

 

Pour autant cette grosse pantalonnade n’a rien à faire parmi les petits classiques de l’horreur ; c’est un nanar qui est sorti de sa case et un exercice de style avec des atouts mais à l’échec global redoutable. Dans la carrière de Fulci, en plus de sa violence radicale il a le mérite d’être le plus répugnant, comprenez le plus dégueulasse, celui qui vous salit de ses déjections sinistres. Chacun appréciera le mérite.

 

Le bis fantasmagorique c’est fabuleux, pas de problème, on s’en rappelle. Ce n’est pas une raison de valider ce truc là, qui est cependant il est vrai peut-être le climax de la représentation de la pourriture au cinéma. Mais ce n’est même pas une construction qu’il aurait fallu, c’est juste une dimension, quelqu’elle soit, à ces tableaux du morbide sans retour.

Note globale 12

 

Page Allocine & IMDB + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir le film sur StreaMafia

Voir l’index cinéma de Zogarok

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