L’INTENDANT SANSHO **

11 Juil

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3sur5  L‘Intendant Sansho est un film d’une importance capitale dans l’Histoire du cinéma japonais. En 1954, son succès international ouvre l’Occident au cinéma de l’Empire du Soleil-Levant. Le réalisateur Mizoguchi mourra quelques années plus tard, entre-temps tous ses films seront acclamés par la critique. Il ouvre la voie à d’autres grands noms de son pays, notamment Ozu et surtout Kurosawa, tenu lui comme l’un des cinéastes du siècle par les instances de légitimation américaines.

L’Intendant Sansho appartient donc à la dernière période de Mizoguchi, auteur de près de cent films dont les deux tiers ont été perdus. Dans les années 1950, sa fibre sociale prend le pas et Sansho est le film d’un indigné. Il revendique dès le départ une morale émancipatrice par rapport à l’ordre traditionnel nippon. Au travers de cette famille de nobles déclassés à cause de leurs idéaux progressistes, Mizoguchi prône l’égalité des individus au-delà de leurs castes, tout en mettant un point d’honneur sur les droits des femmes.

A-priori il y a tout du parfait radical ‘liberal [US]’ japonais, mais Mizoguchi va beaucoup plus loin et accomplit un film dont la morale relève du pur socialisme, avec les fantasmes assortis (ingénierie utopique). Ainsi on évoque le manque d’amour et d’altruisme des hommes, la nécessité de nécessité de changer les cœurs pour changer le monde. Mizoguchi prend le parti des damnés de la terre, de ceux qui naissant ou se retrouvant du mauvais côté de la structure sociale passent leur vie dans le malheur.

Mizoguchi n’est cependant pas un réaliste et au lieu d’un discours structuré et percutant, opte pour une approche bouffie et larmoyante, sans doute assez pénétrante compte tenu des scores enregistrés par le film encore aujourd’hui. Mizoguchi se montre ardemment idéaliste jusqu’au-bout tout en montrant la mise en échec de cet idéal, puisque la vertu ne suffit pas à surmonter la souffrance tragique d’une lignée familiale dont les membres sont en proie à l’exclusion ou la servitude. Mizoguchi est donc dans la pure prêche, émotionnellement brutale et au service de déclamations simplistes.

La dureté de l’existence n’est pas niée, au contraire, mais elle est mal comprise, soumise aux exigences du scénario (il y a des invraisemblances). À cause d’une trop grande artificialité, la distance demeure. D’un point de vue plastique Sansho est d’une beauté sidérante, alliant un parfum de féérie au soin perfectionniste du détail. La mise en scène contrarie cette tenue, elle est à la fois raide et ‘mollement’ théâtrale. Par ailleurs, comme dans ses autres films des dernières années, Mizoguchi paie le revers de sa plus grande simplicité et de son semblant de réalisme. En sortant de ses préférences poétiques (dont les Contes de la lune en 1953 sont un accomplissement), il devient lourdement explicatif.

L’Intendant Sansho est un redoutable archétype de conte moral sec et bien-pensant demeurant dans la prédication. Car la petite lumière insufflée par la figure paternelle n’est pas seulement mise à l’épreuve par la cruauté de l’ordre établie : elle est aussi une incitation à adopter la posture du martyr face à l’adversité. Etre drapé dans l’illusion qu’on porte toute la sagesse et la bonté du monde avant que les temps ne s’éclaircissent, est-ce vraiment se sauver ? C’est en tout cas un fantasme clairement incarné et soutenu ici, un fantasme propre autant au(x) socialisme(s) qu’aux promesses de nombreuses religions. Une façon de dealer avec la fatalité dans un univers où on est le perdant ultime.

L’Intendant Sansho est une œuvre très fine dans sa façon de concevoir l’interaction de chacun avec les déterminismes sociaux ou moraux, mais sous emprise d’un idéalisme bien plus profond encore. Si admettre les limites de l’individu est la sagesse même, décréter son impuissance totale y compris quand à sa propre présence au monde relève du masochisme vaniteux. Cette vision est évidemment douloureuse sur le fond, tout en apportant une réassurance au spectateur très démagogue. Entre l’humanisme de principe et la perversion maternelle, Mizoguchi floue les frontières et ne laisse aucune place à la rationalité.

Note globale 57

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions…

Voir le film sur StreaMafia

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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