NOTRE JOUR VIENDRA **

4 Juin

3sur5  Il faut juste piger que ce n’est pas brûlot, mais une chronique (trop) désinhibée : tout de suite, le regard change. Notre Jour Viendra raconte l’histoire de deux fous pathétiques et (en dernière instance) méchants, deux roux engagés dans un périple trash et infantile vers l’Irlande, afin de se tirer de leur existence inerte et ne plus subir l’ostracisme. Le film est bouillonnant, borderline, détonant ; décevant, racoleur, stérile aussi.

Vengeance et confusion

La tandem rouquin poursuit un combat régressif et à corps perdu, nihiliste sans le savoir. Les deux hommes (Cassel et Olivier Barthélemy) s’en prennent aux autres minorités (handicapés, arabes, juifs), décidés à faire valoir leur propre souffrance. Ils sont faibles et irrécupérables. Deux mecs pas gâtés par la vie, décidés à rattraper le retard, sans se faire d’illusions, mais sans redescendre sur terre. En les emprisonnant ainsi, le film leur donne finalement la sanction qu’ils méritent : ils ont choisis d’être conditionnés par leur nature de victime. Ils vont donc tout casser, sans se réparer eux-mêmes… Gavras se montre complaisant à leur endroit, suspendant tout jugement, voir tout affect, dans l’issue de ce road-movie où les innocents sont devenus oppresseurs chétifs.

Avec ce premier film, Romain Gavras (du collectif Kourtrajmé) ne fait rien pour plaire, tout pour taper dans l’œil et peut-être, en devenir culte (avec la musique de Rachmaninov pour gonfler la  »poésie » insidieuse). La pose est manifeste et elle lui a été reprochée, à raison. Mais la vérité, c’est que Romain Gavras n’est pas un croisé, un militant ou un visionnaire ; c’est au mieux un provocateur, délibéré sans doute mais ce n’est pas la finalité. C’est juste un esprit libre, instinctif et éparpillé, ne cherchant pas à révolutionner, mais à exposer son propre langage (ici, avec une inspiration prise du côté de Bertrand Blier) et ses idées, en les manifestant avec force mais sans forcément les comprendre, comme pour les laisser plus pures, brut de décoffrage, authentiques (davantage que dans le cas de son fameux clip Stress pour Justice, totalement nul par ailleurs). Il en tire une production foncièrement originale, avec ses éclairs de génie et ses défauts abyssaux, naviguant un peu en aveugle mais restant toujours honnête.

 »Choquer le bourgeois », objectif atteint

Les accusations à son égard sont parfois ridicules : naturellement, comme film-choc, c’est une baudruche ; et naturellement, ce n’est pas d’une grande profondeur, puisque ça ne raconte rien d’autre que l’épopée hystérique de ces deux personnages. Mais c’est un pavé d’autiste hystérique et tout à fait dans la lignée de C’est arrivé près de chez vous, en tout cas par sa démarche (la valeur de chacun, c’est une toute autre histoire) ; ou encore, un Seul contre tous, mais immature et puis bien sûr, clinquant. Les critiques le rejette aujourd’hui, n’y voit qu’une sombre merde arrogante (et c’est vrai – mais c’est une part de la chose) ; mais ils sont les mêmes que ceux qui vomissaient Les Valseuses en 1973. Attention : Notre Jour Viendra n’est pas à la hauteur de celui-ci, il n’en a pas la sensibilité : mais c’est la même dynamique, la même vérité, enfin la même liberté qui l’irradie.

Par conséquent, toutes les comparaisons avec ces classiques cités (sauf celui de Noé, plus décrié par les bonnes lunettes officieuses), pour mieux enfoncer le film, ne sont révélatrices que d’un cortège de critiques fermées et paresseuses, sanctifiant les références installées par conformisme, tout en dédaignant ce qui transpire (certes à une autre échelle ou sans le même talent) dans une nouvelle œuvre comparable. Les antomologistes pédants du cinéma devraient s’occuper de bien classer les vieux cahiers ; qu’ils continuent à informer lâchement en y accolant leurs petites opinions molles et moutonnières, ils ratent le spectacle. Et somme toute, Romain Gavras peut en être ravi ; il pourrait presque passer pour un rebelle, ce qu’il n’est pas. C’est un malin, un roublard : de la bonne espèce, qui pourra donner le pire et plus inouï. Au moins (sauf relâchement), il y aura de la matière – mais il n’y a aucune garantie.

Zoom puissant, point de vue défaillant

Dans le fond, il n’y a qu’un énorme problème et c’est la matrice de tout ce qui ne colle pas dans le film. Il y a un manque au niveau du point de vue : ce n’est pas qu’il est absent ; c’est qu’il se sait pas trancher, à quoi s’en tenir ni où se mettre. Mais il est capable de saisir l’essence des situations qu’il expose ; dans sa première partie surtout, mais aussi au-delà dans tout ce qui entoure les deux héros, Notre Jour Viendra surprend positivement par son ultra-réalisme… et son caractère extraordinairement cruel (et néanmoins parfaitement neutre). C’est en effet une incursion dans la crasse humaine, hilarante (surtout avec ces ados se prenant très au sérieux) et désespérante (les tares sont ancrées partout ; au-delà de la rouquinitude, tout ce monde est pétri par la médiocrité).

Patrick et Rémy se situent dans un Nord misérable, au milieu des bœufs ; et Patrick (Cassel), le psy déluré, théâtral et mesquin, se délecte d’autant plus de son spectacle permanent, à la façon de celui qui savoure sa private joke assassine. Car il joue dans un terrain où n’existent que les ignares, les brutes nées-condamnées, incapables de les comprendre, d’autant qu’ils n’ont jamais été éveillé à autre chose que leurs pulsions grasses d’individus de la mouise ou de petites gens évanouis, incapables d’envisager un monde au-delà de leurs parkings pourris, inaptes à percevoir le moindre sens à la vie ou aux actions des autres, en-dehors des raisonnements alimentaires et acquis auprès de leurs référents primaires.

Ainsi ils se baladent dans cette misère, y exaltent leur sentiment de liberté ridicule (car nouveau, expérimenté par des enfants trop contenus) ; avec toujours leur perspective folle et aucune attache, sinon son idéal et le but visé. Normal, la vie n’a offert que cet horizon de merde, remplie de moqueries, de non-sens et d’éructations de beaufs ; inspirant la mélancolie mais pour les pires raisons, celles d’une réalité dégueulasse. Dans ces cas-là il faut soit vivre en soi, soit succomber au dégueulis ambiant et y prendre une pauvre place, soit partir dans sa folie (généralement en analysant avec la même euphorie cet environnement et tout ce qui nous est soumis). C’est ce que fait Cassel ici et en cela aussi, Notre Jour Viendra est réaliste, même s’il zoome sur une réalité rare, survenant par accident.

Note globale 56

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions >> Dog Pound + The Secret + La Haine

Aspects favorables

Aspects défavorables

* une vision souvent hilarante et pertinente

* des réalités pures assumées à l’écran et ignorées partout ailleurs

* original et jusqu’au-boutiste

* montre la tension qui existe chez les affranchis se libérant trop tard

* le regard est trop incertain et la quête du culte trop manifeste

* une seconde partie davantage dans l’incorrection suffisante (la scène horrible avec une tétraplégique, pourquoi?) – qui n’annule pas cependant le reste et ne trahit pas sa logique

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Voir l’index cinéma de Zogarok

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