LE CHAT DU RABBIN **

22 Mai

2sur5  Le Chat du Rabbin est d’abord une bande-dessinée plébiscitée dès 2002 et qui a justifié la seconde incursion à l’écran de Joan Sfar, juste après son Gainsbourg:vie héroique. Un engouement surprise pour cette histoire d’un chat, son maître le rabbin et trois acolytes, partant en route vers une Jérusalem mythique plantée en Afrique et où se trouveraient des Juifs noirs. Cette auto-adaptation a reçue, entre autres récompenses, le César du meilleur film d’animation aux Césars de 2012. Un prix qui se justifierait sans mal au vu du commencement du métrage… manifestement, il le doit plus à son potentiel étouffé et surtout aux préjugés favorables à l’égard de Sfar et sa BD, universalisme et message consensuel et professoral à l’appui.

Au départ donc, la séance est plutôt enchanteresse. Nous trouvons un conte orientaliste, dans l’Alger des 20s, dont la forme (écriture à l’encre de chine) reste fidèle à la bande-dessinée (la 3D qui s’est imposée est inappropriée, sinon absurde) et où enfin, l’animal fétiche est authentiquement malicieux et roublard ; un diseur de vérité et manipulateur, mais toujours de façon transparente et avec une certaine gentillesse. Surtout, un chat toujours alerte, qui s’intéresse à tout, tendu vers l’extérieur et les opportunités qui s’y trouve, portant ses jugements logiques et détachés avec bonne humeur et une pointe de bienveillance, mais « sans se faire d’illusions », se trouvant par là très proche d’un autre personnage, le cheik Mohammed Sfar. Entre deux explorations et caresses auprès de sa maîtresse, puis au cours du périple, le chat se délecte de la pratique étriquée du judaïsme, du caractère étriqué de son maître et ses amis ; c’est d’autant plus drôle avec la voix de François Morel.

Le film se moque de leurs préjugés et les met à l’épreuve ; le  »pire » peut être dit car on sait que tout coule vers la bonne pente, celle de la sortie de la caverne. Malheureusement c’est bientôt, non pas le thème central ou le pôle de convergence du film, mais son obsession de tous les instants. Les personnages deviennent pénibles avec leurs ergotages sur la religion, leur intégrisme en toute chose – même le respect de l’autre est posé comme un dogme. Puis tout y passe : les racismes, l’intolérance généralisée, le poids des communautarismes… Pourtant le fond se tient et Sfar orchestre une critique de toutes les doctrines sans nuances ; mais ce rejet des excès le rend pataud, absent à sa propre mission et le film patauge, refusant de basculer dans le pensum mais ne pouvant sortir le doigt du terrible engrenage du relativisme hautain et stérile. Naturellement Sfar se défend de vouloir culpabiliser ou offenser, mais il s’attache tout de même à écorcher des vilains que l’Histoire n’aurait pas sanctionnée ; et le voilà inventant son propre Tintin. Un Tintin (mais aussi un Milou -obèse pour l’occasion) à contre-emploi puisque c’est François Damiens, taré officiel du cinéma (comique) français qui s’en charge et lui donne des répliques de reporter imbécile et colonialiste.

Et c’est terrible. On a la sensation d’un raté vertigineux ; d’un spectacle malin, candide mais pas trop, on passe à un catalogue de vilaines manières de l’esprit corrigées par de bonnes pensées chaleureuses, pédantes et expéditives. Le talent est flagrant, la narration est parfaite, les personnages attachants et bien croqués… mais ça n’arrête pas. Tout est prétexte à revenir sur ce bon sens relativiste et globalisant, pour parler des différences qui n’en sont pas mais qui sont tout de même une richesse, etc. Il y a un gouffre insensé entre ce qui pouvait être donné ; et ce qui est reçu. Et à partir du départ en Afrique, hormis quelques grands numéros (le dernier coup-d’éclat du russe), cette banalité épuisante prolifère ; et les traits si séduisants et profonds des personnages eux-mêmes ne sont plus là que pour renforcer encore un peu le même mouvement. Résultat, Le chat du Rabbin est un gâchis, un très beau film, envoûtant ; qui a le tort de donner dans le pensum, en parlant comme un adulte, articulant comme un porte-parole dévoué à en perdre l’imagination, pensant comme un enfant. Tous ces bouts de philosophie ne mènent pas loin et ils ont tort de prendre l’ascendant sur la présence du chat ou les originalités de caractères des personnages.

Note globale 54

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Aspects favorables

Aspects défavorables

* graphismes, couleurs dessinées à la plume

* excellents personnages, tous attachants ou avec leur fonction donc pardonnés (les doctrinaires)

* message insipide et surligné, grignotant l’action et aliénant les personnages

* scénario bricolé ; envol raté

* Sfar gâche son merveilleux outil pour se perdre dans la banalité et des sentences impersonnelles

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Voir l’index cinéma de Zogarok
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