SLEEPWALKER **

19 Mar

sleepwalker 0

2sur5 Couronné du prix  »Sang Neuf » au Festival de Cognac, Sleepwalker a attiré l’attention lors de sa sortie en dépis de nombreuses médisances. Il faut dire que le film a des arguments choc ; en suivant les tribulations d’un père de famille démuni face à son double se manifestant lors de ses épisodes de somnambulisme, c’est une alléchante étude psychanalytique qui s’annonce a-priori. La bande-annonce laisse entrevoir un univers délavé, terne et mortifère, qui pourrait être à l’image de l’esprit tortueux et de la vie intérieure (du refoulé ?) du personnage. On passera une aimable séance, ce sera une déception.

La première partie est relativement médiocre sur le plan formel. Dans un premier temps, Sleepwalker semble énumérer les symptômes de la vie normale, sans que jamais l’once d’une étrangeté s’insinue. Tout est laborieusement explicité, les enchaînements narratifs sont très grossiers, empressés (les liens entre le sang et les poissons, la pub tv et la bonne idée du filmage amateur) ; tout cela semble composé à la va-vite. Sans doute parce que l’intérêt est ailleurs. Ainsi, Johannes Runeborg installe le mystère à gros sabots, au mépris de la cohésion et de la profondeur (misère globale du traitement des rapports familiaux).

La disparition du père de famille désolé puis les investigations policières permettent enfin au récit de basculer, à la tension d’exister de façon latente et patente. Quand Ulrik (le personnage principal) s’évapore et devient suspect officiel, quand la source du Mal, sans surprise, est révélée ; alors la menace devient palpable (elle était jusque-là couvée, contenue, et le film n’a pas su jouer de son imminence). Sleepwalker devient une espèce de  »chasse à l’homme », apte à développer les théories les plus alambiquées en réponse à l’étrange trouble du héros.

En exposant ses prétentions psychanalytiques, le film aborde enfin son motif profond : les éléments du réel d’un homme ordinaire travesti dans sa petite boîte cranienne sous la forme d’une enquête dont il est le pivot.

Malheureusement, Runeborg n’arrive globalement pas à rendre la chose stimulante. Quelques rebondissements majeurs, mais aucun retournement (sinon le twist final) et un suspens peu travaillé ; voici l’histoire d’un mec qui tue quand il dort et que son inconscient pourrait amener à faire des dégâts, le pitsch est ambitieux, l’impact est faible. Tout cela pour faire survenir un clap de fin d’un piètre niveau, puisqu’on pourrait sans trahir le propos le résumer en un  »désolé de briser vos espoirs les gars, en fait, tout ça c’était un rêve ». Quel crédit accorder à un film qui, alors qu’il se donne dépourvu de toute surprise fondamentale, ne fait qu’ajouter simplement et timidement des possibilités éculées ou attendues ?

Sleepwalker se voudrait puzzle gigantesque ou tous les détails quotidiens prendraient leur place dans une fantasmagorie narcissique. Mais en divisant de façon très scolaire son récit pour finalement n’avouer ses intentions qu’en fin de parcours (et alors que cette annonce ne fait que remettre en place  »la vérité » du script sans relancer la donne), l’oeuvre donne des réponses évidentes et somme toute comparables à celle de n’importe quel film de genre plus ouvertement classiciste. Il s’agissait de travailler des choses très simples et leur rendre l’ampleur émotionnelle qu’elles recouvrent pour un sujet (Sleepwalker établit tout juste l’ébauche d’un espace mental – le puits) ; de ce point de vue, c’est du Lynch dévitalisé et débutant. C’est tout à fait plaisant, assez stylé, curieusement dynamique par rapport à la sécheresse de la trame, mais on y croit pas.

Note globale 51

Film suédois

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