LORD OF WAR **

3 Mar

2sur5 Déçu par le rendu final de S1m0ne, son précédent film brimé par les lois du spectacle mainstream hollywoodien, Andrew Niccol s’est exilé en Europe pour mettre au point le brûlot nihiliste Lord of War. Le programme consiste à exhiber un personnage amoral et vain, Nicolas Cage alias Yuri Orlov, émissaire de la perversion sur Terre et marchand d’armes prolifique sur sa carte de visite. Extrêmement sec et noir, le film emprunte un ton satirique, quitte à flirter avec certaines caricatures genrées (celle du film choral notamment, ainsi que de l’épopée scorsesienne). L’écriture met les bouchées doubles pour fabriquer un narrateur  »désabusé », rempli de distance à l’égard de ses actes. Derrière le recul, l’univocité : si urgent et intolérable soit le sujet (le trafic d’armes mène le monde « plus sûrement que les votes »), l’ensemble est parfois peu crédible, avec ce héros surgit de la misère la plus anonyme pour devenir une tête de gondole de l’internationale criminelle.

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Lord of War a tout du pensum  »dénonciateur », généraliste à l’excès, universaliste au point de perdre pieds et faits de vue. Il permet d’emprunter l’état du citoyen excédé tout en goûtant le plus possible au parfum de la vie de mercenaire de haut lieu. Assez terne et pompeux, le film n’est appréciable qu’en tant que shoot paradoxal et discret au rêve d’affranchissement ou comme label moral. La première partie simule l’inscription dans la légende, de façon traître donc honnête, puisque ces fastes maladroits et un peu fanés expriment bien le dégoût de Niccol à l’égard de son ignoble patient. Néanmoins on en sort avec sa conscience bien gavée d’écœurement sur commande, l’esprit indemne. Il n’y a pas qu’Hollywood pour bien prendre soin que pas un sourcil ne soit percuté, afin que chacun puisse partager la posture d’angoisse morale sans effort ni effet.Dommage, Niccol, cinéaste rationnel et conceptuel devant l’éternel, est ostensiblement engagé dans son sujet : il a choisi les mauvais sous-traitant pour exprimer l’émotion et la colère qui probablement l’habite, mais qu’il ne sait pas exprimer judicieusement, car elle n’appartient pas à son registre mais plutôt à ses projections.

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Lord of War affirme un pessimisme globalisant auquel chacun adhérera, car effectivement le pouvoir est toujours corrompu et les hommes de biens sont faibles face aux forces du mal. C’est exactement le message du film, dont le tort est de s’enfermer dans une grille de lecture binaire pour évaluer un ordre spontané particulièrement cynique et délabré. Comment ne pas regretter un tableau si peu nuancé et un désespoir si compassé. Lord of War semble surgir de l’esprit d’un adolescent soudain confronté au choc de la vie ; le problème, c’est qu’on ne ressent pas le vertige d’une révélation, mais simplement la tristesse d’une résignation polie mais bien mal avertie, aussi sérieusement documentée qu’elle est déchargée d’éléments cinglants. C’est très noble dans l’esprit, très lourd et fonctionnel dans le trait, c’est un peu le Babel de l’anti-criminalité internationale.

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Le cinéma de Niccol garde sa puissance en établissant une géopolitique du trafic d’armes, et une hygiène du pire ; mais lorsqu’il fait sonner la trompette de l’essentialisme résurgent, on se gausse devant tant d’emprunts besogneux au registre du briscard humanitaire, probablement trop fraîchement dévasté par la nature des rapports de force entre ses semblables. Toutefois, le film est tapissé de saillies d’une ironie mordante et pleines de philosophies, atteignant leur paroxysme lorsque Cage se fait le promoteur relativiste du trafic d’armes. C’est sur le fond que Niccol a du courage ; et sur la forme, toujours du style, avec cette mise en scène conceptuelle et immaculée, dont la focalisation flirte avec l’onirisme didactique. Brillante mais ratatinée, c’est l’œuvre d’un surdoué exagérément sacrifié à des manies impersonnelles (formalisme mainstream, compulsion à créer l’illusion de grand maître, bienséance penaude, réflexion amortie et balisée), à tort. Lorf of War ou la facette acrimonieuse du consensus mou.

Note globale 51

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC 

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Voir l’index cinéma de Zogarok

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