IL EST DIFFICILE D’ÊTRE UN DIEU **

25 Fév

difficile dieu

2sur5  Septième film en 50 ans de carrière pour le cinéaste russe Alexei Guerman, se consacrant ici à l’adaptation d’un roman de Boris et Arcadi Strougatski. Tarkovski avait déjà adapté l’autre de leur ‘best-seller’ avec Stalker, en gardant lui aussi le nom original. Il est difficile d’être un Dieu prétend se dérouler sur une planète parallèle à la nôtre, objet d’un retard socio-culturel de 800 ans. Les scientifiques envoyés sur Arkanar ne doivent pas interrompre le cours de l’Histoire qui se déroule sous leurs yeux : ils doivent donc rester passif devant la chasse aux « raisonneurs » par « les gris ».

Flatulences, injures, méchancetés, dégradations, gueules d’atmosphères défilent sans répit ; Guerman développe une esthétique du dégueulasse. Il va chercher dans l’allégorie ordinaire, tendance scato ; la dégénérescence n’est pas raffinée comme avec ces monstres odieux conscieusement ennemis de l’Humanité, tous ces vrais faux méchants flamboyants. Néanmoins ceux-là ne sont pas moins cinématographiques. Si ce film a une quelconque valeur, il la doit à son style, son allure d’Ex Drummer supervisé par Bela Tarr, de Chair et le sang repris en main par Groland et finalisé dans l’atelier Tsukamoto.

Il faudrait bien le génie de l’auteur de Tetsuo pour tirer vers le haut un tel programme. Il est difficile d’être un Dieu est balèze en tant que happening, il demeure le versant Big-mac du rayon ‘arts et essais’. Dénoncer l’obscurantisme de façon primaire et en s’étalant dans la fenge pendant trois heures confine à l’arnaque pure et simple. Les kapos de l’underground pour mondains criards seront là pour le confirmer, sous les deux formes suivantes principalement. La première : en ne comprenant rien à ce qui se déroule mais s’exaltant parce que la marchandise est labellisée (les mêmes qui ne s’intéresseront ou n’estimeront jamais un cinéma différent ; les mêmes aussi qui vomiront sur les créateurs vulgaires tel que Rob Zombie ou Brian De Palma). La seconde : en portant au pinacle ce discours banal sur la bêtise humaine assortis d’une poignée de demi-vérités générales à l’emporte-pièce.

La promesse était aguicheuse, l’idée fondatrice recèle un potentiel génial. Voilà des faits certains. Mais trois heures à barboter pour ne rien épaissir, ce n’est pas sérieux ; et s’il s’agit de jouer avec les meutes de snobs ou de se gargariser d’une misanthropie socialement acceptable, alors cette séance devient carrément gerbante. En tant qu’expérience la chose n’est pas non plus à la hauteur de sa grandiloquence dégénérée ; voilà une entreprise de mystification sous vodka avec poutres et câbles blancs affichés au grand jour, au milieu du festival de déjections. On voit la fabrication, c’est presque du théâtre, dans la boue, un versant obscur et troupier de Fellini. Les costumes, comme les décors d’Arkanar, ne sont que bric-à-brac chorégraphié de façon inégale ; efforts tenant du Z pour caméra de classe A.

La narration est quasi nulle, il n’y aura pas de progrès et peu de variations dans ce qui sera exposé. C’est du sous-Jeunet, la profusion seule elle là, les nuances quand l’humeur vient à l’auteur. Guerman demande au spectateur de faire semblant d’être devant un ‘film’. En somme il se donne comme la caricature excentrique du film d’auteur bien obèse venu de l’Est (pachydermique, erratique, près de trois heures, totalement aride et assez opaque) ; tout en laissant n’importe qui d’un peu éveillé le percevoir pour ce qu’il est : une grosse farce grasse exécutée bien trop longtemps après l’euphorie de l’enterrement du monde. Les frères Grimm de Terry Gilliam passe rétrospectivement pour un chef-d’oeuvre de finesse et de concision. Néanmoins, contrairement à de nombreux films-fleuves plus ou moins obscurs, celui-ci est assez facile à suivre car toujours dans l’action et l’hystérie : les curieux risquent moins l’ennui que l’abrutissement (rendu noble pour des raisons grotesques, donc).

D’un côté, il y a cette attitude assez grossière, presque vulgaire dans le monde des cinéphiles, avec toute cette troupe de kapos qui viendra immédiatement brûler son cierge devant l’icône et chanter les louanges d’une expérience au-delà du réel mais dans une optique académique : on a chopé le nouveau Tarkovski et le Z tarkovskien c’est grand ! D’un autre côté : c’est bien un film différent et en cela notable ; et c’est le genre de bizarreries, pas forcément géniale mais avec un caractère fort, que tous les cinéphiles un tant soit peu explorateurs et/ou sérieux aiment découvrir ; pour s’étonner encore ou simplement ajouter à leur catalogue de fantaisies un énième petit pavé. Il est difficile d’être un Dieu peut traverser le temps et devenir un petit Tetsuo, voir un Begotten pour gens bien éduqués ; il mériterait plutôt d’avoir la place d’un petit Ostrov, autre produit harassant et lourd à souhait, mais osant se raconter de façon intelligible pour délivrer un point de vue, pour le coup, audacieux et pénétrant.

Note globale 47

Page Allocine & IMDB   + Zoga sur SC

Suggestions… Un dieu rebelle + Le Masque de la Mort Rouge + La Planète Sauvage + Eraserhead

Voir l’index cinéma de Zogarok

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2 Réponses to “IL EST DIFFICILE D’ÊTRE UN DIEU **”

  1. Jacques Gheysens janvier 13, 2016 à 18:27 #

    L’article sur GUERMAN est rigolo : il prouve que parfois l’envers du snobisme, c’est la
    connerie ! La boue du film est dans l’œil de l’auteur incapable de voir le côté visionnaire
    d’un bonhomme, qu’il se nomme Bosch ou Guerman…Relisez la chose : il n’a strictement
    rien dit du film, que l’insulte aussi crasse que celle qu’il dénonce. Le con prétentieux,
    satisfait de n’avoir rien vu…Un beauf de la Kritik.

    • zogarok janvier 13, 2016 à 21:10 #

      C’est ironique mais ce film a ses croyants. Vous êtes un croyant, je n’en suis pas. Pour satisfaire votre foi, vous chassez les mauvais objets, c’est-à-dire les réticents comme moi. Enlever le ‘GUERMAN’ et votre commentaire sera opérationnel pour un maximum de films.
      Le snobisme ou anti snobisme n’est pas mon affaire. C’est étrange de se revendiquer implicitement snob pour défendre un film, mais ça l’est nettement moins pour celui-là. Il s’agit de vomir sur les obscurantistes et comme vous le dites bien, les « beaufs », en se gargarisant de son esprit lumineux. Ce film est fait pour combler les progressistes de salon et les emos un peu trop vaniteux, deux catégories se confondant souvent à mes yeux. Je ne vais leur reprocher de s’y retrouver, j’apprécie au contraire de voir tout s’imbriquer si parfaitement 🙂 Votre hystérie et vos mots creux illustrent les faux-semblants de ce film.

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