AGATHE CLERY *

23 Fév

1sur5  D‘un point de vue purement technique et esthétique, Agathe Cléry signe la décadence consommée de Etienne Chatillez, l’auteur de Tatie Danielle et La vie est un long fleuve tranquille. Il raconte l’expérience d’une directrice de marketing raciste touchée par le syndrome d’Addison, qui la rend.. noire (et frisée). Atrocement prévisible concernant sa trame rachitique, le machin en question est sauvé par la plupart de ses acteurs (pour lesquels on éprouve une grande pitié, avec aussi une pointe d’admiration vu le défi relevé) ; mais aussi paradoxalement par sa connerie médusante et son style inexistant.

Il faut faire cash pour un tel objet. D’abord on se délecte de ce spectacle. A ce degré de ridicule, on est plus spectateur, on est un juge trop exalté. Pourquoi blâmer, rien de ce qu’on pourrait en dire ne saurait être à la hauteur de l’humiliation que Étienne Chatillez et son équipe s’infligent. Puis ça se gâte sur le terrain… métaphysique. Le film ose son petit commentaire socio-politique, mais pire, avant cela, il incarne (de manière spontanée, pavloviste) toute une philosophie, une ontologie délirante de déni de l’identité.

Premier point, la forme. Agathe Clery est parsemé de séquences chantées. C’est une aberration. Ces numéros surgissent inopinément, consistent en quelques chorégraphies confuses, habillées par d’hallucinantes tentatives de petits gags ou clin-d’œil. En accompagnement, des paroles d’une indigence rare. Toute l’écriture du film est d’un niveau ahurissant de bêtise et de petitesse.

L’autre problème, pas plus tragique mais nettement plus puant, c’est l’appréciation du phénomène subi par Agathe. Tout le monde trouve normale sa situation et la presse de l’accepter docilement. Une infirmière qui lui sauve la vie l’agresse pour asséner un principe de réalité ne tenant pas compte du caractère exceptionnel de sa patiente. Agathe est une pure raciste et elle méritait d’être punie pour son racisme puisqu’elle l’a laissé guider son comportement social au point d’exclure les candidats aux postes de subordonnés, sur le seul motif de leur couleur qui la répugne. Mérite-t-elle pour autant qu’on lui refuse toute compassion lorsque ses repères les plus fondamentaux sont balayés ? 

À la prise en compte des individus pour ce qu’il sont, dans le respect de ce qu’ils sont, notions insoupçonnées ici, Agathe Cléry préfère chanter les louanges de l’antiracisme. L’estime porté par les jeunes collègues de Agathe (en particulier les femmes de la boîte, le pédé critique de service, l’assistante plan-plan, dévouée et conforme) à des principes mielleux correspond à une certaine réalité. La chasse aux manifestations discriminantes permet de s’épargner tout plongeon en soi, toute quête des vérités individuelles et universelles, puis de se fabriquer une sorcière malfaisante à honnir. La bonne conscience systématique pour revendiquer sa propre pureté et se fondre socialement.

L’amour du métissage et sa qualification d’accomplissement de la destinée humaine seront de la partie. Mais tout ça n’est rien par rapport à l’autre conclusion logique, se voulant plus relativiste et intégrative : il ne s’agirait pas de tomber dans l’inversion en se mettant à refouler les Blancs sous prétexte que les autres (mais les autres, ici, c’est juste les Noirs – le monde est bien peu nuancé) ont souffert. Ah ça non alors, ce serait vilain à nouveau ! Merci à Agathe Clery d’être un produit sans recul et démagogique, ainsi nous obtenons un film-symptôme catégorique.

Note globale 19

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

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