DANS MA PEAU ****

20 Fév

dans ma peau

4sur5  Certaines personnes font de leur identité visible (de surface) un pur artifice, une toile neutre malléable à souhait ; pour Esther, c’est son corps l’étranger, mais ce n’est pas un outil et encore moins une vitrine expérimentale. Au lieu de l’instrumentaliser ou de le brutaliser pour le tester, elle décide de se le réapproprier tout en contemplant le résultat. La notion de décision est à relativiser car la démarche est irrationnelle, il n’y a pas de libre-choix au terme d’un processus rationnel ou d’un calcul délibéré. L’énergie intérieure décide, pas les faits.

Esther est entourée d’adultes creux, presque des parodies d’humains, des êtres apathiques mais fermes, sans caractère ni lendemains, commentateurs ou gestionnaires de l’existant. Employée dans un institut de sondages et bientôt promue directrice d’études, elle vit avec un espèce de lucide primaire plombant, une sorte de machine fonctionnelle, irréprochable à un niveau superficiel et d’une inanité complète. C’est alors qu’elle qu’elle se fait une énorme entaille, qu’elle ne réalise pas tout de suite, ne ressentant rien face à la blessure. Elle prend progressivement le large.

Le premier film de Marina De Van est une révélation, laissant derrière lui une emprunte profonde mais aussi une certaine frustration, un sentiment d’incomplétude. C’est d’ailleurs l’état d’Esther, mais c’est aussi une tendance du cinéma de Marina De Van puisque la résolution des tensions dans son film suivant (Ne te retourne pas) aboutira elle aussi à un nouvel équilibre, libérateur là aussi et plus franchement positif. Mais là aussi, ce triomphe d’un certain fatalisme laisse sur une faim bizarre, où nous sommes face à un absolu fini et à vivre, entouré du vide autour.

Cette étrange descente est un processus de maturation pour un individu piégé, devenu extérieur à lui-même. Esther n’est pas une apathique elle-même, mais elle s’est évaporée et a perdu le contact avec sa source ; le film ne dit pas de quelle manière, elle peut s’être résignée, avoir choisit des compensations, mais sa condition de fantôme opérationnel et pro-actif est là. Mais vivre en mort-vivant, même bien vif ou efficace, n’est pas suffisant, même si la médiocrité est tenue à l’écart. Cette auto-incorporation est une reconquête de soi : Esther est dépossédée, broyée dans cet horrible engrenage des machines à lisser du monde externe.

Elle délivre ses analyses comme d’autres des performances, elle n’est pas une membre authentique de ce monde pour autant. Il faut sortir de cette momification de soi. Pour ça il faut payer le prix de l’autonomie, être fort de soi et coupé de tout, quitte à paraître détaché comme le serait un monstre ou un fou. Et surtout s’exposer à sa propre fin, en-dehors des rôles illusoires, des travaux et des normes dérisoires occupant la chair et l’esprit tant qu’on ne souhaite pas concilier absolu et conscience de soi. Traduit par Marina De Van cela donne un objet inédit, plus enclin à séduire des adeptes de Cronenberg, Bunuel ou Svankmajer.

Note globale 83

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Choses secrètes + Soeurs de sang + Book of Blood

Voir le film sur LibertyLand 

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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Une Réponse to “DANS MA PEAU ****”

  1. dasola février 20, 2015 à 12:42 #

    Bonjour, je n’ai pas voulu voir le film à cause de son sujet. Bonne journée.

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