CRIME À FROID ***

21 Jan

crime à froid

3sur5  Le rape and revenge est une catégorie de films où une [femme] victime de viols réalise sa propre justice. I spit on your grave et La dernière maison sur la gauche (Wes Craven) sont les fameux opus dans ce domaine recelant quelques merveilles, comme L’Ange de la Vengeance (Abel Ferrara) ou la saga japonaise Scorpion. Cette dernière est reliée à une tradition de films de prison scabreux : il y a en effet des manières plus subtiles ou détournées de rejoindre le rape and revenge. C’est le cas de Crime à froid, racontant la détention d’une pré-adolescente dans un bordel où elle est exploitée. Sa vengeance est donc celle d’une femme abusée de façon très large, au-delà d’une agression physique ponctuelle : elle est d’ailleurs brisée avant de perdre sa liberté physique.

Ce film d’exploitation suédois de 1974 authentiquement ‘culte’ est un peu sorti de l’anonymat grâce à une citation de Tarantino et une référence dans Kill Bill. C’est un fringant produit des 1970s subversives, versant à l’occasion dans la pornographie. Le voyeur est donc largement comblé, notamment s’il est réceptif au mauvais goût artisanal de l’époque. Thriller – en grym film ne s’en tient cependant pas à ces quelques exploits : c’est un véritable drame autour de Madeleine. Violée enfant, elle est depuis mutique et affiche constamment une mine triste et impassible. Ado, elle est capturée par ce mac sadique, lui fournissant la drogue censée la faire tenir et lui donnant une voie pour s’épanouir. Pour la rendre plus excitante, il lui crève un œil sur lequel sera installé le bandeau repris par Uma Thurman trente ans plus tard.

Ce drame présente des tendances contradictoires : à la fois cheap et maniéré, tourné vers l’action et éthéré. La narration est non-conventionnelle et plutôt hiératique objectivement, mais Bo Arne Vibenius sait où il va. Le montage fonctionne par dégradés plutôt que par séquences et apparaît très ordonné, cultivant de manière rationnelle et assez brutale une réelle poésie. Bien que très bis et parasité par des acteurs parfois faibles, bien qu’il fasse l’erreur de simuler des effets impossibles (griffures sur le visage), Crime à froid est assez captivant. Les quarante dernières minutes sont le temps de la vengeance au fusil : l’abondance de ralentis tourne à l’abus. À ce stade, c’est de l’expérimental, toujours avec ce travail téméraire sur le son.

La lourdeur générale du film a décidément un effet paradoxal, stimulant l’appétit du spectateur tout en le forçant à un certain détachement. C’est un film ‘sincère’ et désarmant, avec une attitude non-jugement et de curiosité pouvant paraître cruelle compte tenu de sa froideur malvenue. Il est à voir pour les amateurs d’érotisme borderline et de drames dépressifs acceptant l’absence de justification morale. Dans ce cas elle sert l’expérience en rendant la séance plus complète et évitant les postures banales, tandis que la punition finale fait office de purge et de réponse fermée. À la différence des produits purement grivois dans son genre, ce film qui n’en demeure pas moins parfaitement racoleur a une aventure à présenter.

Note globale 68

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Pour une poignée de dollars + Schizophrenia/Angst + Tokyo Decadence + Hardcore/Schrader + Pat Garett et Billy le Kid

Voir le film sur StreaMafia

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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Une Réponse to “CRIME À FROID ***”

  1. princécranoir janvier 21, 2015 à 18:44 #

    le rape and revenge bergmanien trouve ici son chant le plus glacial à mes yeux. Bien sûr le film paraît bancal à certains endroits, mais en effet, ces imperfections viennent salir opportunément un récit qui se refuse à rester convenable.

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