FEDORA ****

10 Jan

fedora

4sur5  28 ans après Boulevard du crépuscule, Billy Wilder livre son avant-dernier film, le franco-allemand Fedora, œuvre testamentaire, conte funèbre et passéiste. Fedora fait partie de ses opus oubliés, voir inconnus du grand-public, au contraire de Certains l’aiment chaud ou Assurance sur la mort. William Holdel y tient le rôle masculin principal (c’est leur quatrième collaboration), comme dans Sunset Boulevard dont Fedora est une prolongation désenchantée et un faux remake a-priori. Dans ce dernier, Holden était un jeune scénariste ambitieux mais paumé, pris au piège d’une gloire déchue désireuse de revenir sur le devant de la scène.

Cette fois c’est un producteur indépendant rêvant de construire un film prestigieux, quelque chose dont les cinéphiles se souviennent ou qui soit un totem désirable. Il cherche donc à contacter une actrice sortie du circuit au sommet de sa gloire – et de sa beauté. Il parvient à approcher Fedora, vivant en autarcie dans une villa sur une île en Europe. Mais bientôt elle se suicide : l’ouverture de Sunset Boulevard était la révélation de son dénouement, avec le jeune loup mort devant l’antre de la star ; l’ouverture de Fedora est son milieu chronologique, où une star ravissante et immortelle, en tout cas son image, se donne la mort – peut-être trop tard.

Le temps n’est plus à la mortification du star-system ou à la mise en relief de la vanité et du pathétique de la grande actrice classique digérée par le monde du cinéma. La position de Fedora est bien plus profonde, aliénée et fataliste, prenant des accents de tragédie. La dénonciation est dirigée vers l’extérieur, tandis que l’univers présenté en lui-même fait preuve d’une cruauté héroïque, d’un sens du sacrifice et du Beau. L’héroïne de Wilder et I.A.L. Diamond (son scénariste principal), dont le statut fait ouvertement référence à Greta Garbo, dramatise la disparition du cinéma classique hollywoodien, de son bon goût et son exigence esthétique.

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Norma Desmond idéalisait le muet pour enfler son propre ego : l’attitude réactionnaire de Fedora et son étrange entourage est justifiée par un regret plus spirituel et niant largement l’individu sous la peau de Fedora. Le véritable drame, c’est la mort de la machine à rêves, au profit de produits plus négligés ; les plus ‘expérimentaux’ ne valent sans doute pas mieux, ils ne sont en tout cas pas évoqués ; mais le cinéma réaliste comme celui conceptuel (type Nouvelle Vague) inspire le dégoût à Fedora et ses gardiens : « cinéma vérité, quelle horreur ». Ce type de productions attirait le mépris de Wilder lui-même avant même le crépuscule de sa vie.

Cet évanouissement de la fabrique des rêves est un fait acquis, mais le mythe peut encore être soigné, afin qu’il soit exalté sans entraves à travers les âges, demeurant un phare pour les passionnés du cinéma et de l’Histoire. Aussi Fedora a organisée sa sortie, travaillée son image, sa légende, dont elle est dissociée. Qui elle est en tant que femme n’a pas plus d’importance que son individualité (voir son authenticité).. biologique. Ce qui compte c’est ce qu’elle a crée et été : et il faut entretenir cela, ou le tuer à temps.

L’identité du film est à l’image de son mythe en morceaux, c’est un système complexe tissant des mensonges ou forçant des corps otages pour maintenir un idéal de grâce objectivé. Fedora se taille une aura de produit classiciste flamboyant tout en la pénétrant voir la réformant de façon très moderne. Progressant par une accumulation de flashbacks et avec une organisation non-traditionnelle, la narration est digne des premiers De Palma (Obsession notamment, Furie également), avec comme chez lui ce rapport à la fois analytique et illusionniste aux artifices et aux images.

La splendeur et la saturation des couleurs propres à Fedora rappelle les plus beaux films sous Technicolor des années 1940-1950, comme Le Narcisse Noir. Si la décadence d’un système est inéluctable, ses héritiers ne se laissent pas détruire pour autant : les fantômes doctrinaires protestent et impriment leur idéal dans l’éternité. Ils se dressent comme une avant-garde relayant la perfection pour laquelle ils ont tout donné.

Note globale 82

Page Allocine & IMDB  + Zoga sur SC

Suggestions… Body Double + Le Mariage de Maria Braun + La Grande Belleza

Billy Wilder sur Zogarok >> Buddy Buddy (1981) + Fedora (1978) + Irma la douce (1963) + La Garçonnière (1960) + Certains l’aiment chaud (1959) + Sept ans de réflexion (1955) + Boulevard du crépuscule (1950) + Assurance sur la mort (1944)

 Voir l’index cinéma de Zogarok

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