LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA **

24 Déc

Kaguya

2sur5  La princesse Kaguya est un conte vieux de mille ans considéré comme le texte narratif japonais le plus ancien. Il a donc fait l’objet de nombreuses adaptations avant d’être repris par les studios Ghibli en 2013. Le film se distingue par sa technique, radicalement à rebours du tout-numérique de son temps puisqu’il repose sur des aquarelles aux tons pastels. Il est dirigé par Isao Takahata, internationalement connu pour son Tombeau des lucioles, revenant pour son ultime film après quatorze années d’absence (son précédent opus étant Mes voisins les Yamada de 1999).

Sauf quelques minuscules détails (incrustation des ombres), Kaguya est un spectacle ravissant et le spectateur insensible à sa beauté reconnaîtra la qualité du travail exécuté. C’est aussi un record de niaiserie chez un maître en la matière (auteur de Omoide Poroporo), un film lénifiant, s’appréciant toutefois en deux temps. La première moitié est d’une innocence et d’une platitude exemplaires, la seconde admet une dose raisonnable de tension. Son lyrisme en sort conforté. Il aura donc fallut attendre la cinquante-et-unième minute du film, avec les hommes questionnant le père de Kaguya et mettant en doute la beauté de la princesse pour que Takahata ose introduire du relief à sa narration et à son discours atrocement compassé.

La morale du film consiste à prôner la supériorité du mariage d’amour sur celui d’intérêt, à placer ses sentiments au-dessus des raisons sociales, etc. Cette morale insipide, le film en accouche pourtant difficilement, en raison de l’attitude de Kaguya. En effet la princesse précoce reste sous l’emprise du système et si sa nature en est contrariée, elle est fidèle à son poste et aux ambitions de ses proches. Elle trouve un certain exutoire en jouant de ses prétendants et leur lançant des défis : car elle n’apprécie ni leurs honneurs, ni leur convoitise. Puis viendra l’homme disposé à un « amour sincère » et là elle succombe. Un romantique féru de fleurs et venu lui en offrir une, plutôt qu’un château ou un gri-gris grandiose.

Tout cet univers moral est bien mignon, sa sincérité et son entièreté sont telles que la grossièreté des points de vue s’en trouve rachetée. C’est le bénéfice de la lourdeur absolue. Malheureusement Kaguya est au niveau zéro de la psychologie en plus de ne mettre en scène que des archétypes vus par un Candide démagogue et heureux devenu Drucker de la sagesse humaniste. Enfin tout ça est normal, puisqu’il s’agit d’un film pour le jeune public et à destination de l’enfant en vous. Cette part doucereuse permettant d’enfiler sans dommages un conte prônant le rejet de la destinée écrite par les autres, tout en validant la soumission dans la pratique et permettant à la bonne héroïne de s’évader par son appartenance à une communauté d’élite.

Patience, petites, votre singularité et votre vertu seront reconnues. C’est vos papas rongés par la culpabilité qui vous le promettent. Kaguya est pétris de gentillesse et d’intentions charitables, il proclame que les parents, tuteurs ou éducateurs peuvent se tromper, montre que ceux-là peuvent se méprendre sur le Bonheur de leur progéniture et pire, les utiliser. Il montre une gamine très simple, à la fois confiante et humble, survolant les effervescences sociales et populaires, otage de ce que la société projette sur elle ; ainsi elle fait la grimace à sa brave bonne alors qu’on évoque sa beauté en termes quasiment mythologiques. Cette distance souriante se combine avec un grand respect des traditions et des attentes des autres, mais néanmoins leur remise en question nonchalante. Et finalement la rupture totale grâce à une main invisible et providentielle.

En attendant, Kaguya et Takahata ne font que défendre l’acceptation de son aliénation en garantissant qu’un rejet de cœur vaut comme rejet concret, ce qui est à peu près comme choisir de rester une proie vertueuse dans un monde de prédateurs. C’est évidemment différent pour une princesse, petite ou grande, choyée, mal on aura compris, mais choyée tout de même. Belle façon néanmoins d’envisager le blues du faux prophète, ou du souverain trop petit pour sa vocation terrestre car trop grand pour se confondre dans les passions des simples hommes. Comme Takahata est un gentil, il ne saurait trop être conséquent là-dessus, aussi les fantasmes de pureté et l’idée de transcendance sont là, tout prêt et tout près, mais il est incapable de faire autrement qu’en jouer, du bout des doigts, comme une petite princesse émerveillée mais polie, gardant son esprit bien vacant et son ego bien dévoué. Il parle plutôt avec délicatesse des enfants qui un jour s’en iront.

Note globale 54

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