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TROPA DE ELITE & SA SUITE ***

20 Jan

TROPA DE ELITE ***

4sur5  Devenu l’un des événements ciné de la décennie, Tropa de Elite a été porté en triomphe par le public, battant des records au box-office brésilien et remportant de nombreux prix, dont l’Ours d’Or du Festival de Berlin. Il a cependant suscité de vifs débats et est incendié par la critique et les éditorialistes, qui lui reproche sa complaisance pour la violence de la BOPE, la troupe d’élite de la police brésilienne, réputée pour ses méthodes catégoriques. José Padilha la filme de l’intérieur, en donnant la parole à un défenseur de l’ordre, le capitaine Nacimiento.

Au début surtout, le résultat peut sembler parfois naif dans le propos ou certains biais, a-priori ; mais c’est le ressenti de ceux qui regardent d’au-dessus ou d’en-dehors. Or Tropa nous immisce au premier degré. Et la réalité est remplie de clichés, de dualités un peu ridicules, avec effectivement les Mr. muscles et les intellos idéalistes égarés dans le lot. Le film appuie à juste titre ; c’est la lourdeur d’une réalité impitoyable, ne laissant pas de place aux subtilités. D’ailleurs personne n’y vit de façon subtile ou complexe, le lien au concret et le jugement sont indispensables à la survie.

En vérité, on voie très vite que les auteurs ont déjà digérés les perspectives essentielles, les sentiments des différents groupes. Tropa de Elite évoque l’essence de la corruption, de manière théorique et explicative, mais aussi la démontre tout simplement, l’affiche dans un cas particulier dont elle fait son sujet ; et il l’affiche là et comme elle est, hégémonique, pas seulement dans les postes ou relais du pouvoir.

Le cas particulier de Tropa de Elite, c’est le Brésil, les favelas et les trafiquants qui les contrôlent. Padilha en donne un aperçu réaliste. L’objet du scandale vient de la connivence affichée pour les principes stricts de la BOPE. Jamais celle-ci n’est épargnée, jamais il ne lui est prêtée de pureté héroïque, mais Padilha reconnaît le sens de la mission et de la justice animant ses deux principaux personnages. Une description romantique aurait sans doute moins troublé.

Nacimiento est un personnage fataliste, loyal et anti-bourgeois. Il dit pour introduire le film « Il existe trois sortes de policiers : ceux qui sont corrompus, ceux qui ferment les yeux et ceux qui entrent en guerre ». Lui est un flic sans concession, en guerre, à la violence avouée. Un membre de ces forces légales qui, pour d’autres, serait corrompu (et effectivement il jouit de sa position) ; alors qu’il est indépendant et assume qu’il n’y a pas de résultats sans employer les moyens appropriés. En l’occurrence, mettre tous les fautifs, quelque soit leur place dans le vice, sous pression ; éliminer ceux qui entravent sa mission et l’impérieuse réponse à toute ces crises, y compris en écartant les policiers  »ordinaires » trop faibles ou coulants.

Dans le seconde heure, avec le stage de formation de la troupe d’élite (qui suit la quête d’un remplaçant et le suivi d’un stagiaire pendant la première moitié du métrage), Padilha montre la mise à niveau par l’ultra-violence. Il s’agit de faire des hommes des chiens enragés, mais mordant à temps et faisant la démonstration de leur intégrité.

Tropa de Elite n’est pas une publicité. Personne n’en sort blanchi, il n’y a que des nuances dans le mal et les bonnes intentions. Là où les spécialistes-fonctionnaires en tout genre perçoivent une propagande haineuse, il y a un regard premier degré et critique. Où tous sont impliqués, y compris les étudiants issus des classes moyennes ou aisées, critiquant les policiers, oppresseurs des classes pauvres et des minorités mais également, prétendent-ils, d’eux-mêmes. Des étudiants se faisant volontiers porte-parole de slogans bienveillants et typiques, sans ne serait-ce que titiller les sujets qu’ils peuvent traiter, eux que rien ne vient bousculer, eux qui peuvent prendre leurs distances avec les impératifs et la violence du réel. Quoiqu’il en soit, c’est un film authentique et nerveux, dont l’urgence nous gagne, où pour purger les déviances criminelles s’impose le recours à la violence nécessaire.

Note globale 71

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Suggestions… La Cité de Dieu + The Raid + Saga Pusher

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TROPA DE ELITE 2 ***

3sur5  Après l’incursion viscérale dans les favelas et la BOPE, Tropa de Elite 2 emprunte une tournure plus résolument et explicitement politique. C’est une réussite, peut-être trop généraliste pour être aussi puissante dans sa charge. Comme le premier, ce fut un succès considérable au Brésil et une polémique partout. Toutefois ce qu’on juge, c’est un reportage réaliste dans le 1, appuyant dans le sens d’un certain point de vue ; ici l’action et la confrontation au réel sont différents, c’est celle au-dessus des favelas, comme la guerre est manipulée.

La suite donc, treize ans plus tard. Nacimiento, le lieutenant-colonel de la BOPE, se retrouve propulsé à la tête de l’organisation. Cette consécration lui fait prendre conscience que la liste de ses adversaires est bien plus longue qu’il ne l’imaginait. Le film de José Padilha affiche la corruption et les impasses de la réalité socio-politique brésilienne. Devenu un héros populaire, Nacimiento s’est fait absorbé, il est seul dans le service de sécurité civile, qu’il découvre lié à la politique et aux intérêts criminels. De leur côté, les médias détournent les réactions possibles à la réalité, alimentant les conflits de personne (le député Diogo Fraga qui se fait chevalier blanc contre le chevalier fasciste Nacimiento) tandis qu’un mercenaire récupère la colère populaire dans un show grand-guignol où il accuse les autorités. Désillusionné, Nacimiento conclut à propos du  »système » qu’il s’agit d’un « mécanisme impersonnel, un regroupement d’intérêts crapuleux ».

Le final a une certaine ambiguïté – il évolue vers une sortie un peu optimiste.. qui finalement ne l’est pas (il montre l’étendue du « système », pas abattu grâce à une seule croisade courageuse), tout en étant bien franchement surfait et compassé (le petit miracle des dernières secondes). De toutes manières, le film laisse un compte-rendu acide, avec des exemples solides, sérieux, mais peut-être plombé par une inspiration se voulant trop idéaliste. La fabrication se fait sentir et alourdit l’ensemble ; le premier allait droit à l’estomac.

Note globale 65

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Suggestions…

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