LE FN DE DEMAIN : QUITTE OU DOUBLE

3 Juin

Le FN post-2012 sera-t-il un grand mouvement d’émancipation populaire ou, en tant que valet de la droite libérale, un nouveau leurre ? C’est probablement le plus grand des dilemmes à résoudre en cette année électorale qui était l’une des dernières occasions de renverser ou au moins ralentir les processus et les hégémonies en cours. Même si on peut s’en désoler pour des raisons d’idéologies (les flirts douteux de Jean-Marie Le Pen), conceptuelles (les contradictions internes et notamment sur le gaullisme et le libéralisme) ou pragmatiques (difficile d’assumer un passif et une défiance aussi péremptoires), le Front National est le seul outil dont les Français peuvent s’emparer pour servir leurs intérêts propres (intérêts patriotes ou intérêts  »de classe » pour l’ensemble d’entre eux). Mais pour que le Peuple puisse s’approprier le FN en passant outre les prescriptions de masse administrées par quelques élites financières, médiatiques et culturelles, il faut que le FN devienne lui-même pleinement un mouvement transversal, ou les postures outrancières sur des sujets moraux et sociétaux soient relégués au second plan. Les électorats du FN doivent dépasser leurs menues différences, qu’elles concernent leur religion, leur conception du sacré, de l’école, des mœurs, ou même les principes séculaires de laïcité ; le périphérique doit être pris en compte mais s’incliner devant l’essentiel, la souveraineté populaire et l’indépendance nationale. Car de ces notions dépendent la survie, c’est là qu’est l’urgence immédiate.

Vers un FN assimilé et dénaturé par la bande à Copé ?

Risque majeur : le FN post-2012 peut devenir l’aile rurale-populiste d’une extrême-droite néolibérale, actuellement aux manettes (quoiqu’elle ait, il y a deux semaines à peine, cédée la place à son équivalent sociétalement et nationalement laxiste). Le bloc de substitution qui assumera la place de l’UMP pourrait avoir recours à ce FN en plein essor pour en faire sa béquille et la caution d’une ouverture attestant de sa bonne foi. A la façon du PS d’un côté et de ses satellites de l’autre, une telle droite gouvernementale peut répartir les rôles et accentuer les sensibilités d’un bord à l’autre : en marge de l’UMP libéral, le FN aura son rôle de droite populiste, archaique et xénophobe, sorte de boîte de Pandore perpétuellement effleurée pour mieux servir le jeu du clivage gauche/droite. Or il n’est pas question de nuance : l’UMP et le FN n’appartiennent pas au même univers politique et il n’y a guère que sur le plan local (avec des élus d’envergure modeste) que des ponts peuvent se créer sans que le FN soit compromis.

En lui accordant une caution  »populaire », en en faisant le mouvement de l’homme du quotidien alors que c’est celui qui se couche le mieux devant les orfèvres de son aliénation, le FN peut devenir le jouet de l’UMP et par extension de tout le système politique. Un jouet redevable qui plus est, accédant à des mains-tendues qui seront autant de cadeaux empoisonnés ou d’actes symboliques : postes notoires grâce à des alliances, parts de Proportionnelle.

Il s’agirait alors d’un FN légitimé, dédiabolisé et effectivement plus tout à fait d’  »extrême-droite », mais plus dangereux et néfaste que jamais, puisqu’il partagerait le pouvoir pour abandonner méthodiquement ses combats et ses visées nationales en les travestissant d’excès de rages sous contrôle, d’anti-intellectualisme, anti-parisianisme et anti-élitisme. Désormais établi, le Front National serait moins facile à accabler et la critique serait nuancée, mais avec des arguments paradoxaux : ce FN assimilé à l’UMP serait un parti « facho » mais raisonnable, respecté car normalisé jusque sur le plan économique et social, la clé de l’intégration étant l’abandon de l’intention politique au profit de la posture (adhérer au théâtre ou se des performers et des metteurs en scène se jouent des dupes et des idéalistes). 

Rénovation du FN : reculs et hésitations de Marine Le Pen

Si la candidature de Marine Le Pen a suggérée une rupture possible et suscité l’espoir, la dernière partie de sa première année de chef de l’opposition « à l’UMPS », c’est-à-dire le temps de la campagne intensive, rend davantage sceptique. A plusieurs reprises, MLP a semblé tout gâcher, pas tant en « revenant aux fondamentaux » comme aiment à le dire les journalistes à chaque petite saillie polémique, mais plutôt en surfant sur l’islamophobie galopante et le populisme à la petite semaine, ou les sujets périphériques -justement!- prennent le pas et les effusions de comptoirs sont légitimées sans autre forme de procès ni de regard critique ou analytique.

Dans sa critique du Mondialisme et surtout, très concrètement, de l’aliénation des peuples par la dette et les principes économiques néolibéraux, Marine Le Pen a considérablement étoffé et précisé le discours global du FN. Ces vues nouvelles, ou plus élaborées, qui ont rendu son offre plus riche et plus crédible, doivent beaucoup à son entourage récent, l’ex-chevènementiste Philippot en tête ; on a pu retrouver également des perspectives très « soraliennes ».  Mais en février-mars, moment d’un tassement dans les intentions de vote, ce virage arrive à son point de rupture ; soit le grand-public assimile doucement le nouveau FN, qui lui est en voie d’accomplissement, soit Marine Le Pen revient à des thématiques plus triviales ou offensives. Le choix est cornélien, surtout que les propos de Marine Le Pen, d’habitude raillés ou condamnés, sont jugés avec condescendance, chacun s’empressant de déclamer combien il juge son programme économique aberrant ou farfelu – sans jamais, naturellement, soutenir le jugement par quelques précisions (Lapix tente de s’en charger mais choisit une approche partielle, plongeant dans des détails éparses, pointant les calculs sans évoquer les principes). Pour le reste, l’aspect showman de MLP est mis en avant, de même que ses réparties les plus brutales ; aux figurants de booster l’animation. JM Le Pen est d’ailleurs assez plombant pour sa candidate, les proches de Gollnisch lâcheurs et médisants (alimentant la rancœur des traditionalistes et des lecteurs de Rivarol à l’égard de Marine Le Pen) ; et puis il y a Mélenchon, l’inespérée roue de secours et cerbère de confort.

Depuis, Marine Le Pen a souvent semblé céder à son aile réac-populo, ou au moins lui accorder la priorité dans la hiérarchisation des sujets. Elle qui s’illustrait en nationale-républicaine, parfois acrimonieuse ou acerbe, a notamment cédé en laissant son programme économique alternatif et protectionniste être minimisé ; elle s’en détourne pour le laisser à ses lieutenants (le timide Nicolas Bay ou le sous-estimé Julien Sanchez). D’ou la contradiction : lors de la validation en catimini du MES, elle tient l’aubaine même, l’acte de trahison des élites agissantes et politiciennes qui est le parangon de sa dénonciation, tant d’un point de vue général (en tant que formation contestataire ou anti-européenne) que spécifique (« l’europe-passoire » – terme repris tel quel par Sarkozy pour les besoins du second tour). Effectivement, elle le dénonce avec virulence… ponctuellement ; puis plus rien et c’est aussitôt l’heure de dévier vers le Halal. Par cette diversion, Marine Le Pen s’est accommodée du rôle de droite populiste de service. C’est moins un rôle de composition que de circonstance, car elle se l’accapare faute de mieux, à la fois par stratégie et par nécessité de faire quelques concessions à un « système » qui justement la restreint lorsqu’elle pose des desseins cohérents et réellement offensifs. 

Sauf que l’incohérence est là, qui révèle les limites, peut-être du courage ou de la sincérité clameront certains, mais surtout de la marge de manœuvre de Marine Le Pen. Malgré son indépendance et la machine rôdée qui la soutient, elle n’est pas (pas encore ?) en mesure d’épanouir sa pensée et d’affirmer ses ambitions.

Ainsi, l’ouverture au FN des médias mainstream se fait ; et c’est Louis Aliot qu’on invite sur France2. Aliot, le beauf  »de droite », caricature de petit-bourgeois médiocre et parvenu grâce à son réseau de beaufs roulant des épaules, est reçu sur tous les plateaux, accueillis dans les matinales des radios prestigieuses, s’invitant éventuellement à la table des intellectuels et des polémistes pour se faire ambassadeur du Front National et des 18% d’électeurs sur lesquels il s’appuie volontiers, en général pour légitimer ses lubbies basiques. De type chasse-fric-beaujolais-antiburka. Aliot est l’incarnation de cette droite rance, cynique et matérialiste, qui est le pont entre le FN et l’UMP : d’ailleurs, il se garde bien de dévaloriser l’UMP, préférant faire de « la gauche » une déviance, tout en confondant, jusqu’à l’incohérence, toutes les composantes de cet ennemi figé et gratuit. En laissant se développer une telle rhétorique en son sein, le FN risque, de lui-même, l’enfermement dans les dualités et les schémas du « système » qu’il réprouve ; or on ne peut pas emprunter ses outils à celui dont on fait par ailleurs son inversion sur-mesure. Les qualifications de « rouge », de « bolchéviques » ou « communistes » fusent ; c’est compréhensible de la part de Jean-Marie Le Pen qui, dans sa jeunesse puis au cours de sa carrière politique, a vu l’hégémonie de l’URSS et le vertige du communisme. Mais quand Louis Aliot fait de cette Gauche archaïque, qui plus est marginale et vidée de sa substance, une menace, c’est le grotesque et la diversion absolue. Car ainsi il se choisit un adversaire facile et consensuel, voir carrément inexistant, le communisme absolutiste évoqué n’existant plus que dans les fantasmes du plouc de droite financière ou de la droite rétrograde. Ces deux droites antisociales, confondant inculture et esprit populaire, liberté et aliénation volontaire et qui sont en contradiction, tant avec la ligne majoritaire de Jean-Marie Le Pen que celle de Marine Le Pen. Le problème du clan Le Pen, c’est ses mauvais rejetons, qui feraient mieux de s’occuper de la vitrine plutôt que de vouloir s’approprier la boutique.

Encéphalogramme plat et dépression conceptuelle : les ploucs sont de chaque côté

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14 Réponses to “LE FN DE DEMAIN : QUITTE OU DOUBLE”

  1. arielmonroe juin 3, 2012 à 17:15 #

    Article passionnant quand on connaît ce blog. C’est le meilleur que j’ai lu. Et ça relance la donne… à mon avis, tu vas décrocher facilement en démasquant la supercherie. L’annonce d’un changement ?

    Je ne connais pas tout le petit monde du front national, pour ça je fais confiance surtout que c’est pas l’essentiel… Jamais vu ce Louis Aliot mais je ne crois pas un seul instant qu’avec un type comme ça, le FN peut gagner au niveau national.

    • zogarok juin 3, 2012 à 22:55 #

      Merci du compliment ; mais je ne le trouve pas approprié, autant formellement que sur le fond. « L’Internationale Aliénatrice » reste l’article fondamental du Blog – peut-être d’autres que j’oublie…

      Sinon, j’émet des doutes et des réserves par rapport au FN de Marine Le Pen et ça peut paraître nouveau, mais ça ne l’est pas tant pour moi, c’est même évident. Le FN est bien le meilleur outil à disposition aujourd’hui ; pour autant je n’y suis pas attaché, je m’y retrouve – c’est différent. Toutes les facettes du FN ne correspondent pas aux raisons de mon vote MLP au premier tour il y a un mois, néanmoins c’est la seule alternative souverainiste concrète.

      Je voterais DLR aux législatives parce que j’ai la chance de l’avoir dans ma circonscription ; je n’abandonne pas tout espoir dans le nouveau FN, mais c’est un FN à déterminer. J’ai toujours été clair là-dessus.

      • arielmonroe juin 11, 2012 à 20:25 #

        J’irais le lire alors.
        C’est parfois difficile pour moi de situer ton positionnement et j’ai mis du temps à bien comprendre tes raisons pour soutenir le FN. Et alors que je commençais à être assez convaincu, c’est toi maintenant qui doute sur le FN… lâches-le totalement à mon avis, tes espoirs seront déçus. Derrière Marine le Pen, il n’y a pas grand monde et beaucoup de vieux de la vieille… Son père est toujours président d’honneur et quand on entend les gens dans ses meetings, ça fait un peu peur…

        • zogarok juin 12, 2012 à 16:20 #

          Le fait que Marion Le Pen puisse devenir la seule députée FN à l’avenir (l’élection de Collard ou même de MLP n’est pas acquise) contribue à ma démoralisation (politique essentiellement) du moment. Chez moi, c’est un duel UMP/PS déguisé en ex-Alliance Centriste/DVG issu du PS et soutenu par la Majorité Présidentielle – je n’irais donc pas voter, tout en espérant que l’abstention atteigne un niveau record (plus significatif que celui du 10, qui s’inscrit dans un enchaînement très lisse en vérité). Après les 80% de mobilisation pour les Présidentielles, plus personne ne peux prétendre que les Français n’essaient pas de s’intéresser à leur offre politique. L’abstention veux dire quelque chose (peut être « active ») ; pas besoin de soutenir le « Parti du Vote Blanc » (surtout que s’il fait 0.02%, ça ne veux pas dire grand chose de plus).

  2. arielmonroe juin 3, 2012 à 17:18 #

    *ps : même si ça risque de me reprendre du temps, je préviens d’un truc qui peut être important : pour arriver à poster un commentaire, il y a des jours comme aujourd’hui ou c’est une grosse galère !

    • zogarok juin 3, 2012 à 22:56 #

      Merci bis ; merci de me le signaler donc, moi-même j’ai des problèmes quelquefois sur d’autres blogs WordPress.

  3. Voracinéphile juin 4, 2012 à 15:09 #

    En effet, tu réemploies certains éléments que tu avais déjà abordé pendant la campagne présidentielle (notamment le sujet de la viande Halal qui remplace une dénonciation beaucoup plus significative). Ces choix maladroits créent du coup le doute, le risque n’étant pas de polir un peu la façade, mais de s’enfermer dans des habitudes et de faire de la figuration dans le théâtre politique. Pour le moment, l’appellation d’épouvantail consentant me semble un peu exagérée, on attend la prochaine « polémique » avec MLP pour en juger. Et à titre de « divertissement » politique sommaire, on suivra la croisade Mélenchon contre Marine.

    • zogarok juin 5, 2012 à 11:40 #

      Si ce n’est plus qu’un divertissement, alors profitons-en ; mais je m’inquiète pas de ce côté, je crois qu’on réservera toujours un lot de conflits de personnes et de grandes gueules aux spectateurs. Mais effectivement, quand aucun horizon ne se dégage, on peut se dire qu’il n’y a plus qu’à se délecter de la farce ; ça amène à l’abstention, à un moment, une abstention passive-agressive que j’approuve.

      Marine Le Pen me déçoit quelquefois, mais ce qui me déçoit le plus, c’est bien qu’Aliot incarne l’ouverture du FN aux médias, de même que la petite Marion qui a fait les preuves de son incompétence. Une gamine manifestement admirative de son grand-père, à juste titre vraisemblablement, mais qui n’a pas grand chose à faire en politique. Elle essaie d’ailleurs de masquer son incompétence par une espèce d’agressivité systématique qu’elle prend pour de l’aplomb, mais elle a tord. Le FN fait vraiment une très mauvaise opération ici. Mais peut-être que la « saga » est un atout people – donc de normalisation…

  4. chonchon44 juin 5, 2012 à 11:15 #

    En ce qui me concerne, je n’aime ni l’UMP ni le PS, totalement dépassés, démodés, des chiens qui se mordent la queue en qui je n’ai aucune confiance. Mais ensuite, quelle alternative avons-nous ? Le FN, le Front de gauche… les verts ? Je suis tentée par les deux derniers, pour le projet de société qu’ils présentent ; mais ça reste utopique, irréalisable, j’en ai peur. Le communisme, qui a ma sympathie, était une magnifique idée, mais une utopie dans la mesure, où comme son hymne l’évoque, il doit être appliqué internationalement, sinon les économies ne fonctionnent plus. Et puis il y a toujours le problème des ambitions personnelles… Les verts aussi sont sympathiques, mais pour l’instant incapables de s’entendre entre eux, ambitions personnelles là encore.
    Par contre, je t’avoue que le FN… je ne peux pas. Les membres que j’ai croisés étaient tous profondément racistes, et ça, je ne peux pas l’admettre. Je suis sûre que tous ne sont pas comme ça, mais de toutes façons, il ne peut guère en être autrement puisque le souverainisme revient en fait à une sorte de communautarisme, un repli sur soi, un rejet de l’autre… et dans le monde d’aujourd’hui, c’est aussi une utopie ! On ne peut plus vivre chacun chez soi, enfermés dans ses frontières. L’ouverture mondiale est une évolution inéluctable. Ou alors nous régresserons effectivement avec ces souverainismes, qui ne sont que la traduction de l’angoisse des gens face à l’avenir… et la peur de l’autre déclenche les conflits et les guerres.
    En résumé, je crois qu’on n’est pas sorti de l’auberge !
    C’est pour ça que je voterai gauche pour les législatives… pour qu’au moins Hollande ait une majorité et puisse tenter d’appliquer ses idées. Idées sympathiques, mais assez… utopistes elle aussi ! On dirait que personne ne tient du compte du monde tel qu’il est !

    • zogarok juin 5, 2012 à 11:53 #

      Voilà un commentaire tranché, vif et clair ! J’aime ! En revanche, comme tu t’en doutes, je ne valide pas grand chose.

      Le souverainisme et même le nationalisme, ce n’est pas nécessairement ce repli. C’est effectivement présenté ainsi dans la plupart des médias, puisqu’ils sont essentiellement libéraux (quand ils ne sont pas néo) pour le meilleur et pour le pire. On oublie que ça recoupe des espaces politiques parfois lointains, des mouvements bien distincts ; pas de communisme ou de socialisme réel justement sans nationalisme ; ou alors c’est l’internationalisme et là on est dans la dystopie pure, avec un clivage mondialiste qui donne le vertige.

      Je sais que beaucoup de jeunes (déclassés ou appelés à l’être), dans les milieux ruraux et populaires, cultivent ce racisme (par frustration – canalisée par l’effet de groupe) et peuvent rejoindre le FN pour son aspect contestataire ; ils iront vers toutes les formations « radicales », « extrêmes » ou en rupture, donc également vers Mélenchon, mais moins spontanément – il y a des blocages-. La conséquence tragi-comique, c’est que celui qui, issu d’une bande et d’un milieu pauvre ou sont véhiculées des idées d’extrême-droite (des valeurs et de la vision du monde -moeurs notamment, c’est vrai) ou « populistes », évolue vers Mélenchon ou le PS (rarement EELV, soyons clairs), est reconnu pour ça, au point qu’il pourra se leurrer dans l’idée qu’il est plus intelligent et plus ouvert… alors qu’il a simplement eu besoin d’air et rejoint d’autres démagogues lui promettant la liberté.

      Mais il y a toujours et j’insiste là-dessus, DES électorats ; et non pas un bloc monolithique, ou chacun gravite autour des mêmes schémas, des mêmes pensées ; tu n’auras jamais la même vision du Monde que la majorité de ceux qui ont voté comme toi ; peut-être même que vous ne serez pas arrivé au même endroit pour les mêmes choses ni pour les mêmes lignes.

      L’échelle nationale n’est pas une régression ; et si on accepte cette vision, cela veux dire que justement il faut s’inscrire dans le Monde de façon agressive : puisque tout devient mondialisé, il faut que notre puissance propre soit globale. (ce n’est pas ce que tu dit, on est d’accord) Ca, c’est du nationalisme hégémonique, belliqueux. Mais mondialisto-compatible. Après tout, quelle est la nature même des USA ?

      Pour Hollande, je cerne mal les visées utopistes ; je pense en revanche qu’il lui arrive de réclamer beaucoup (et pas les choses justes) pour obtenir peu et que c’est sciemment recherché. Alors je le dis d’avance : non, Hollande n’est pas un brave homme loyal et courageux auquel on aura odieusement claqué la porte au nez ; c’est un simulateur et un incompétent, il est catapulté pour ça.

      Sinon, tu en arrive à voter pour un parti que tu dénigre, Chonchon ; c’est en partie mon cas aussi – je ne dénigre pas mais ne nie surtout pas mes doutes voir mon scepticisme.

      • arielmonroe juin 11, 2012 à 20:58 #

        Je suis sidéré… En fait, tu est pire que moi ou que Chonchon alors que tu vote pour un parti dont tu sait qui sont ses autres électeurs… Je ne comprend pas ces contradictions. Même si il y a « DES » électorats, ils vont ensemble dans un même sens, alors pourquoi aller dans le même sens que d’autres comme ceux que tu décrit ? Vous avez le même projet avec une vision du monde différente, ou c’est l’inverse ? Ou vous vous servez les uns des autres ?
        Sinon, grande tirade sur le nationalisme, que je comprend mais qui à mon avis n’explique pas tout ni de ton vote ni de celui des autres.

        • zogarok juin 12, 2012 à 16:28 #

          Je n’ai de projets pour personne puisque de toutes façons (ce serait bien prétentieux et farfelu – et surtout, bien vain), il est impossible d’exposer d’authentiques projets, chaque opinion « de masse » étant soumise à des filtres qui ne disent pas leur nom, qui ne sont pas uniquement en lien avec un conformisme ou une pression sociale. En outre, nous n’avons jamais le courage de nous dépasser nous-mêmes, de dépasser les clivages pesants, ni le statut-quo, ni l’opinion labellisée, ni le conservatisme par défaut. Seule une grave crise peut provoquer des changements, amener à une réaction et un retour sur soi. Encore faut-il que cette crise ne laisse aucun doute sur sa nature, ne laisse aucun espoir, pour que l’électorat évite de se replier sur les vieilles méthodes, passant du défensif à l’offensif.

          En l’état, chacun interroge son réel, de son côté, arrive à des conclusions similaires, repart de son côté, se nourrit de haine, s’assagit, retourne à ses petits objectifs personnels, s’intéresse de nouveau au monde pour constater qu’il est trop tard… Une prise de conscience profonde et simultanée est impossible. Pas la violence à l’endroit du corps social ou des libertés.

          Pour ça, j’admire toujours ceux qui se battent avec un projet capable d’entendre la réalité tout en étant authentiquement réformistes. Mais ils seront toujours seuls au milieu d’une poignée de notables et leurs efforts presque surhumains, leur indépendance exemplaire ne les servira pas ; parfois même, ils ne seront que des bouffons convoqués par la Cour, alors qu’ils sont lancés sur un combat honnête et héroique. Je pensais à Dupont-Aignan, le seul à voir au-delà du bout de son nez et de la démagogie de comptoir et qui est régulièrement humilié sur les plateaux TV.

  5. chonchon44 juin 7, 2012 à 11:05 #

    Très belle analyse de mon commentaire ! J’adore ! En fait, tu me fais réviser ma notion du souverainisme, ou du nationalisme… et c’est très bien, car ta vision présente des aspects auxquels je n’avais pas pensé ! Comme quoi… le problème de la démocratie c’est que les votant, pour l’immense majorité, ne savent pas de quoi ils parlent et pour quoi ils votent…
    En ce qui concerne le mondialisme, je crains que ce ne soit une fatalité… je suis peut-être trop pessimiste… c’est vrai que si tout le monde baisse le nez, on va dedans !
    Et en fait je ne vais pas voter PS (que je dénigre, tu as raison) mais peut-être EELV… c’est le seul projet de société qui me botte. Mais ils doivent être aussi incompétents que les autres, non ?

    • zogarok juin 7, 2012 à 11:46 #

      Il faut aller au bout des sujets ; et pas de tabous, ça ne me dérange pas d’être ponctuellement perçu comme un facho complaisant ou un idéaliste dégénéré (ou même pathétique). Je sais que ce qui me semble juste, comme le reste, est relatif : de toutes façons, tout sera révisé, toutes les valeurs et les cadres de références vont tomber. Même les théories probantes, validées par le réel, ne sont pas immuables.

      Le Mondialisme, mais on peut l’appeler comme on voudra, est inéluctable : effectivement, il y a de quoi être pessimiste. Mais on peut décider d’accepter la réalité et de l’ajuster ; sinon on se bat contre des géants, on échoue parce que c’est évident (la volonté seule n’est rien – à moins qu’elle soit globalisée, justement…) – ou c’est la dépression. Se battre contre un ordre inébranlable et des processus inéluctables, c’est se sacrifier avec la certitude de perdre et de ne rien tirer du Monde : c’est ainsi, ça l’a toujours été et le sera toujours. Ou alors, c’est Tout ou Rien – et Tout, ce n’est pas que Soi.
      Franchement, si déjà chacun avait conscience du Monde qui l’entoure et de tous les mensonges qui le fabriquent ; alors l’Humanité se porterait mieux – et ce Mondialisme pourrait être relativisé. Le problème c’est que c’est bien le seul « avatar » qui ne sera pas relatif dans le monde de demain ; c’est pour cela que toutes les âmes romantiques devraient se réjouir.

      Voter écologiste, voter pour un modèle de société radical, c’est ça voter utile ; et il y a certainement de cela au sein d’EELV. Malheureusement, l’écologie y reste un sujet mineur (minoré par ses leaders – soyons clairs) et la société réclamée ressemble à celle actuelle. Mais oui, d’un parti étiquetté « écolo » peut provenir un vrai progrès, et c’est là qu’on peux trouver des individus ou des concepts radicaux, absolus ou réellement neufs. EELV, à l’instar de la plupart des autres formations écologistes (en Europe surtout, moins au-delà), capitalise sur une escroquerie.

      Sinon, pour la démocratie, je suis également favorable au Tout ou Rien ; ça, c’est encore un sujet sur lequel je reviendrai, avec toi je l’espère.

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