V-VIDEOS, MASTERPIECES D’UN PHÉNOMÈNE ÉMERGENT

17 Mai

Les V-Videos sont les direct-to-videos Japonais, c’est-à-dire les films sortant directement en DVD dans l’Empire du Milieu. Nishimura et Igushi sont les leaders de ce marché très hétéroclite, véritable fourre-tout créatif, généralement de qualité Z mais jalonné de petites pépites du Cinéma Bis & Alternatif. Ce type de production s’adresse à un public déjà ouvert au cinéma de la marge ou au moins acquis aux délires et déviances du Grindhouse. Aujourd’hui, les V-Videos sont en passe de perdre leur statut « underground » ; les plus célèbres sont désormais diffusés dans des salles spécialisées et sont parvenus, et c’est un exploit, à débarquer sur le territoire Français. Nishimura & Igushi, dont les oeuvres les plus connues sont abordées ici, sont donc aujourd’hui moins des réalisateurs underground que des « papes du Bis ». La relève de John Waters et de feu Peter Jackson première époque ?

>> Voir la chronique de Tokyo Gore Police (L’ABSOLU, selon Videodrome – Zogarok)

MACHINE GIRL **
3sur5 Machine Girl est une pièce de choix du récent cinéma grindhouse, soit du 
cinéma pop-corn offrant son lot d'hémoglobines et d'évocations sexuelles dans le but 
de réjouir un auditoire en général conquis d'avance à l'idée de passer une heure et 
demie en stand-by total à se délecter de tant de dérives bis.

C'est avec ce film que Noboru Igushi, ancien réalisateur de pornos en tous genres (du 
fétichisme à l'orgie), va devenir une coqueluche des adeptes de cinéma trash et de 
bizarreries du 7e art. Son Machine Girl a émergé de façon spectaculaire pour devenir 
la référence définitive dans son domaine. Toutefois, et même si le film est une bonne 
trouvaille parmi les V-Video (les direct-to-video japonais), sa réputation paraît un peu 
abusive. Sorti au Japon dans la foulée de Tokyo Gore Police de l'homologue Nishimura, 
son vieil associé pour les maquillages, Machine Girl n'est pas aussi baroque que son 
concurrent, à mille lieux de là ; mais de toutes manières, il est bien trop probable d'être 
déçu dans tous les cas ou on compare Tokyo Gore Police à un autre V-Video, aussi 
hargneux soit-il.
*

Si le pitsch est férocement basique et déjanté comme il se doit dans le domaine, Machine Girl laisse plus de place à l’intrigue et développe un sentimentalisme surprenant (qui ne lâchera jamais le métrage et occupe l’espace jusqu’au final), parvenant à susciter l’empathie pour les vengeurs et l’heroine en particulier. Une certaine profondeur est approchée avec la démonstration de la solitude de l’héroine, jeune fille orpheline et hai de tous pour la faute présumée de ses parents (ils s’en sont donnés la mort – à cause de la disgrâce, présuppose-t-on).

Ce mélange de sérieux, de nonchalance et d’agressivité abouti à une atmosphère décontractée et gentiment irréelle ; le film gagne -un peu- en épaisseur et parvient à ressembler à une série B niveau sitcom (en gore et offensif) avec des personnages typés à l’extrême. Machine Girl est beaucoup plus construit que le V-Video standard, curieusement c’est aussi ce qui freine régulièrement sa folie.

Toutefois, l’extravagance est de mise. Après les trente minutes de savante préparation, le film retrouve la nature profonde du genre : offrir un spectacle gorasse à souhait. Au programme, scènes de combats grotesque et second degré, humour slapstick, violence extrême, démembrements en pagaille et giclées de sang à la Braindead. Si Girl Machine se démarque sur le plan formel, c’est moins par des envolées graphiques qu’une imagination prégnante dans ses gadgets. La crédibilité de ses effets plastiques achève de hisser le film à mi-chemin entre la moyenne et le meilleur du genre. Le film offre au moins une séquence mémorable avec le combat final, ou interviendra une arme on ne peut plus perverse et dégénérée. Notons que, par le thème de la vengeance et l’accessoire principal de l’heroine (son bras d’acier armé), l’ensemble rappelle parfois le Kill Bill de Tarantino et Planète Terreur de Rodriguez qui rendaient hommage, justement, au grindhouse et à la série B. Il va de soi que les performances de Machine Girl tendent à le rapprocher plus particulièrement du second. D’autres citations sont allègrement repérables, comme celles visant Hellraiser ou encore Evil Dead 3.

A condition d’avoir encore une once d’adolescence au fond de soi et sans doute une certaine ”ouverture d’esprit” (que les esprits culpabilisateurs évitent – à moins que, justement..), Machine Girl s’avère un film attachant malgré ses failles évidentes ; il aurait notamment gagné en efficacité à être légèrement plus concis. Son outrance et l’euphorie qu’elle dégage feront de toutes façons plaisir à un public sensible à ce genre de déviances sur pellicule. On évitera la VF, vraiment, vraiment trop Z quand à elle.

Note globale58

Notoriété>5.000 sur IMDB ; 60 sur allociné

Votes public>60 sur IMDB ; 50 sur Allociné (France) ; 64 sur Rottentomatoes ; 56 sur CinemAsie ; 58 sur Horreur.Net

SHYNESS MACHINE GIRL **

2sur5 N’importe-quoi, c’est n’importe-quoi. Et le n’importe-quoi, il faut l’oser, et en avoir envie avec ça ! Spin-off de Machine Girl, Shyness a été diffusé seulement dans le DVD du film le plus encensé de Noboru Iguchi. Et, naturellement, abondamment sur Internet. Dans ce court de 22 minutes, l’ensemble des protagonistes de Machine Girl reviennent à la vie pour un dernier combat des plus loufoques. L’héroïne incarnée par Asami manque à l’appel et se contente de contextualiser l’objet lors de son intro.

Shyness Machine Girl est à la fois simple à évaluer tout en échappant à une notation définitive (on tranchera pour la note minimale ou maximale, éventuellement la medium – c’est le cas ici). Délibérément niais et dépourvu de scénario, c’est un exercice de style assez aberrant qui, à force de cultive la vanne démonstrative et le grand-guignol ultra-nanardeux, finit par incarner le prototype de l’happening d’ivrognes. On est quelquefois hilare devant tant cet humour navré, le reste du temps atterré par une bêtise aussi intense. On imagine en outre que cette logorhée vulgaire a des vertus libératrices pour quelques étudiants frigides.

Cela dit, ça tombe tellement bas qu’on risque de s’en rappeler. Il faut tout de même relever le gimmick majeur, la ”mitrailleuse de pudeur”, dont la vision laisse peu de doute quand aux ambitions métaphysiques d’Iguchi. Débile et surprenant, nul à souhait et original comme peu le sont, c’est une plaisanterie de potaches atteignant un tel degré de connerie que ç’en devient un choc pour tout esprit rationnel. Guinea Pig 6 ? Terrassé, et de loin. Pour les amateurs d’aberrations filmiques et les curieux de nature ou par principe. Uniquement.

Note globale 44

VAMPIRE GIRLS VS FRANKENSTEIN GIRLS *

2sur5 Même effet qu’après la vision d’Ultraviolet suite à la puissante surprise d’Equilibrium ; il y a de quoi se demander si Nishimura, à l’instar de Kurt Wimmer, restera l’homme d’un film de génie (Tokyo Gore Police), un cinéaste touché par la grâce, mais une seule fois. Ce qui est d’autant plus frustrant que chacun dans leur registre, ces deux-là possèdent un style propre et inimitable. Doit-on incriminer le co-réalisateur, Tomatsu, à l’univers davantage “bisounours hargneux” ? Il a assurément une part de responsabilité importante. Vampire Girls vs Frankenstein Girls, avec son esprit de sictcom au vernis candide, allie la niaiserie des manga girly les plus mainstram aux éternelles performances trash du cinéma alternatif Japonais. D’entrée de jeu, l’oeuvre vise ostensiblement un public teen jeune, trop jeune pour que le film puisse encore séduire les autres.

Moins axé sur la quête de l’hors-norme, de l’inédit et de l’excès, Nishimura délivre un film d’une légèreté sans pareille, à consommer plutôt exclusivement très au dixième degré (mais le truc, avec l’échelle des degrés, c’est qu’au-delà du deuxième ou troisième, ça ne renvoie plus qu’au néant : néant créatif éventuel, néant de l’existence en général). Il cultive un humour excessivement lourd, crétin et minable, servant des gimmicks pachydermiques à profusion (les délires ”black, la race supérieure” ou le club des suicidaires) qui, par l’insistance odieuse de la caricature, visent le statut culte. L’ambition est voyante et assez vulgaire.

Le résultat de toute cette tambouille, c’est du Disney dégénéré. Le film est ”déjanté” comme il se doit, mais le qualificatif de ”déviant” semble galvaudé, et les dérives gores sont diluées dans une atmosphère Hannah Montana mode manga flashy à la sauce gothic’ lolita destroy. C’est juste l’infâme cinéma ”fun” japonais associé à l’emprunte gore du V-Video traditionnel et servi par l’un de ses lieutenants. C’est peu dire que la notion d’ ”underground”, elle, semble carrément s’échapper…

Le spectateur un peu rôdé au phénomène attendait forcément mieux qu’un Totally Spies gore ; et puis Totally Spies, c’est moins long et on y a l’occasion d’apprécier les personnages. Hormis le couple central du film, autour duquel se greffe une romance dégoulinante de kitsch surnaturel, on ne s’attache ni ne s’amuse d’aucune des poussives créatures de Vampire Girls. Nishimura a ici sacrifié l’originalité pour grossir des traits caractéristiques de séries B à Z. Son film est loin des canons du cinéma de masse, OK, mais dans son domaine, il est d’un classicisme total. Lorsque la délbilité délibérée reprend l’ascendant, on obtient juste une série Z comme une autre. Or c’est peu de la part de celui qui est censé être devenu maître dans le domaine.

Il faudra, pour sauver l’honneur, relever quelques scènes trashs très graphiques, dans la lignée de TGP, accompagnées d’une musique pop en contrepoint aberrant cette fois, valent le coup-d’oeil, ainsi que diverses trouvailles biscornues. Ces dernières rappellent cependant à peu près autant Tokyo Gore Police ou même Machine Girl que Inspecteur Gadget.

Moins foisonnant et audacieux que Tokyo Gore Police, le film pourrait séduire plus large grâce à sa puérilité assumée. Ce sera une piètre et timide porte d’entrée vers le monde du V-Video, mais c’est toujours ça de pris.

Note globale 38

Film japonais de Nishimura (2009)

Publicités

4 Réponses to “V-VIDEOS, MASTERPIECES D’UN PHÉNOMÈNE ÉMERGENT”

  1. Voracinéphile mai 18, 2012 à 00:15 #

    Les V-vidéos, j’en ai fait mon pain béni pendant l’année dernière, et depuis j’ai complètement décroché. Les accroches sont toujours les mêmes (« c’est du jamais vu ! Des délires gores impensables ! Les limites de la bienséances franchies ! Ils ont pété un plomb ! » …) et on se retrouve avec une fille qui se bat ou qui a des super pouvoirs, quelques paires de seins et de gore mal torché. Peu importe les contextes, on en revient toujours aux mêmes fondamentaux, et les genres peinent cruellement à se renouveler. Il n’y a pour le moment que Tokyo Gore Police qui parvienne à rester au dessus du lot, lui ne ressemblant vraiment à rien de connu. The Machine girl a eu de la chance, c’est le premier vraiment représentatif du genre vengeance V-vidéo, et ce registre sentimental que tu décris rend l’héroïne plutôt attachante. Mais depuis, combien de fois cette trame rachitique a été pompée ? Si les univers et les personnages changent, les ingrédients restent les mêmes (visuellement, c’est très agaçant d’ailleurs, tous ont cette photographie aux couleurs saturées). Le dernier en date que j’ai vu, Gothic and lolita psycho, était une daube abominable. Le genre s’est à peine exporté qu’il en est déjà à recycler ses fondamentaux et à faire des boucles. Si maintenant ils se mettent à toucher aux zombies (prochainement Zombie ass), faut leur laisser une chance, mais je ne pense pas que je prendrai le temps de tester. Leur humour non-sensique, on a compris !
    D’ailleurs, un autre V Vidéo me vient à l’esprit : Meatball machine. Lui tend clairement à se rapprocher de Tokyo gore police, autant pour le contenu que la qualité. Il s’agit d’extra-terrestres qui prennent possession des corps humains et qui les font muter pour en faire des machines de guerres. Lui pour le coup est assez underground (les références à Tetsuo sont évidentes) et ses maquillages sont assez sympathiques. En tout cas, ses protagonistes torturés sont assez attachants.

    • zogarok mai 18, 2012 à 09:48 #

      Je pense qu’on s’y est intéressé à la même époque – pour ma part, c’était au moment de la publication de Tokyo sur Videodrome, ou j’ai dans la foulée rédigé l’article. Les V-Videos n’ont toujours pas tout à fait percé (au-delà des cinévores impliqués) et finalement, ça stagne un peu.
      En-dehors de Tokyo, je n’ai pas vu de perle monumentale non plus et suis souvent (toujours ?) tombé sur le même refrain… Machine Girl s’élève un peu et Meatball Machine avait l’air impressionnant ; je crois que j’en ai vu un ou deux autres qui sont du même niveau que Shyness voir inférieurs, des films laborieux et redondants (sans doute Gothic and lolita justement, honnêtement je ne sais plus, c’était une autre époque).
      On pourra toujours espérer quelques coups de génies au milieu de toute cette bouillie.

  2. Kapalsky septembre 13, 2012 à 17:24 #

    Les V-Videos sont un phénomène particulièrement intéressant. Encore une fois ça s’adresse à un public averti, mais quand on y a pris gout, ça devient un exutoire cinématographique assez prenant 😀

    VG Vs FG est un délire qui je l’avoue m’a fait bien rire, ne serait-ce que pour la satire grossière des courants contre-culturels jap qu’il caricature à l’extrême, et TMG est aussi à ce titre un petit bijou d’humour noir sanguinolent que n’aurait pas renié un Sam Raimi. Mais les V-Videos sont quand même des produits consommables vite-vus: au-delà du splatter, de la blague graveleuse et des audaces formelles, on se rend vite compte que ce sont des films parfois sans grande âme et peu mémorables; les intrigues à deux francs comme les personnages se sont que des excuses, beaucoup d’excès et d’invention ne permettent pas toujours de palier le développement de personnages et d’une histoire décente…

    Je déplore le manque de substance flagrant de ces films, mais après tout on est dans l’exploitation pure, et les Japonais foisonnent d’idées qui feraient sauter les moumoutes des conservateurs occidentaux, alors tant qu’il y’en a des biens.. 🙂

    • zogarok septembre 13, 2012 à 22:45 #

      C’est un modèle assez transparent et terre-à-terre, donc perdant vite de sa valeur. Mais il y a quelques perles : TOKYO GORE POLICE est, en lui-même, un immense film, un OCNI sans tabous comme on voit rarement. MACHINE GIRL, pour lui-même, est une très bonne série B, avec un dernier quart halluciné, du gore érotique et farfelu qui là aussi ne trouve pas de comparaison. Pour le reste… Il y a MEATBALL MACHINE, toujours pas vu, mais il a une relation similaire aux deux précédents & Voracinephile en a fait l’éloge.
      Et puis, exploitation ou pas, tous ces films valent bien l’ère du nanar hardcore transalpin, le zombie-movie… Je suis d’accord avec cette idée « d’exutoire », simplement il ne faut pas en abuser, car le niveau étant souvent dans la moyenne de VG/FG, c’est vite abrutissant.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :