MADAME JOLY, JE COMPATIS

6 Fév

Une figure élitiste inappropriée

Madame Joly, vous m’avez fait pitié à plusieurs reprises récemment et notamment lors de votre passage dans Dimanche+ face à Anne-Sophie Lapix, ou quelques sondages venaient rappeler l’absence de crédibilité et le rejet qui sont les seules réponses qui aient fait écho à votre candidature. Votre problème peut se résumer de façon lapidaire ou en quelques axes, aussi je ne raterais pas une telle occasion.

Madame Joly, vous assumez depuis le début le rôle de la candidate dite « de témoignage », dès lors la faille est double. D’abord, vous n’agissez et ne vous exprimez pas comme quelqu’un se proposant aux suffrages des Français, mais se portant devant eux pour exécuter une performance pré-rédigée par d’autres (et dans cette perspective, les Français peuvent venir tamponner, chaque voix est un bonus – bonus de témoignage). Vous vous permettez de nombreux écarts, mais vous ne pouvez vous émanciper ; aussi, vos « exploits » idéologiques déroutent et chacun en reste là, puisqu’il n’est pas question de persévérer ; donc, vous suscitez des polémiques en vain et elles ne servent qu’à vous plomber (au lieu de conforter vos atouts, vos dogmes).  Vous êtes alors, simplement, une candidate originale remplissant une fonction moribonde.

Mais surtout, cette « originalité » justement, se nourrit davantage des excès d’une vision « politiquement correcte » que de la synthèse de pensées contraires ou voisines, ou d’innovations quelconques. Ainsi, vous incarnez avec brio la gauche autoritaire, l’idéalisme punitif, prônant des valeurs moribondes et toxiques, sous l’apparat de la liberté et de l’ouverture (d’esprit – certainement pas politique) ultime. Le personnage contrasté mais aux traits saillants et caricaturaux que vous campez tient un peu de la méchante infirmière de Vol au-dessus d’un nid de coucou (même si vous avez une perception du monde « miroir » de la sienne) et de la mamie un peu destroy, progressiste et sans tabous, c’est-à-dire celle qu’on voudrait tous avoir, mais dont on n’est pas sûr qu’il serait avisé de la soutenir dans une compétition politique plus décisive qu’un scrutin local.

Il n’y a sans doute pas chez vous de mépris (en tout cas délibéré) du peuple, mais ce que vous dégagez sera forcément qualifié ainsi, parce que vous êtes dissuasive, castratrice (c’est aussi cette droiture et ce goût de la vérité tranchant qui ont séduit dans un premier temps) et coupée des peuples.   Le problème, c’est votre amour d’une vision du Monde abstraite, fantasmée et presque adolescente ; vous vous y complaisez en faisant mine de croire que chacun peut s’y confondre ; en attendant, vous êtes le laquais de la gauche « démocrate » (alors que vous savez bien qu’elle-même n’existe que parce qu’elle fait écho à l’UMP), l’acolyte excentrique, sensible et facétieux, mais toujours dispensable en fin de compte. Oui, le plus grave pour vous est là : vous êtes sous contrôle de personnalités qui vous méprise et vous utilise, vous poussant à exhiber vos défauts les plus gênants et à proférer les réformes les plus inappropriées.

Vous êtes l’outil permettant à EELV d’assumer sa proéminence sur l’échiquier politique sans que les leaders, officiels et officieux, de ce mouvement n’ait à se salir les mains. En d’autres termes, vous avez été sacrifiée par un jouisseur et une arriviste.

EELV comme tremplin (personnel) & instrument de paralysie (global)

C’est sans doute votre ambition d’entrer dans l’univers politique et d’en devenir un avatar (vous avez voulu percer en Norvège, au MoDem) qui vous a amenée à réprimer votre acuité, à nier la réalité avec laquelle vous alliez devoir composer. Cette volonté et cette ténacité à porter un projet personnel quelqu’en soit le prix ne sont pas seulement louables, ils sont admirables et montrent bien à quel point vous avez le cuir épais. Pourtant vous avez perdu.

Ce dont vous n’avez pas voulu prendre conscience, ou avec lequel vous avez estimé pouvoir jouer, c’est à quel point un programme fourni et un goût du combat se heurtaient, voir entravaient les stratégies internes de EELV et notamment des deux personnages piliers de cette plateforme, c’est-à-dire Duflot & Cohn-Bendit. Cette espèce de fédération électorale se borne à prôner le statut-quo, tout en donnant l’illusion d’une modernité audacieuse ; ce progressisme laborieux s’affirme par le biais de promesses de réformes sociétales mineures ou admises par l’écrasante majorité de la population civile et de la sphère politique (mariage homo, dépénalisation des drogues douces…).

Il faut voir aussi la logique et les intérêts des deux grands protagonistes ; les raisons de Duflot sont moins transparentes, mais aussi moins sournoises, sinon pathologiques et cruelles. La Présidente du parti s’est implantée et le temps du « Mme Souflot » est loin. Mais elle est encore trop récente, trop neuve sur les plateaux et il lui faut consolider son potentiel, afin d’être mûre pour l’avenir et pour envisager 2017 sous le statut de figure essentielle de la compétition. La limite de Duflot, c’est sa vacuité aberrante, son absence de projet, de vision et même de déduction flagrants. Pourtant, le personnage pourrait devenir l’un des plus plébiscités par sa génération, grâce à des prestations certes poussives, mais jouant toujours avec habileté sur la fibre émotionnelle. Mme Duflot se confond parfaitement dans les clichés du courant dans lequel elle s’est inscrit. Ses réparties pauvres et démagogues et ses démonstrations intellectuelles limitées (sens du raccourcis intellectuel d’une monstrueuse efficacité en tout cas) en font la parfaite candidate des nouveaux convertis aux urnes et à la citoyenneté participative. En d’autres termes, le côté petite conne savante de Duflot peut séduire les 18-25 ans (voir 18-34) désintéressés qui voteront par principe, mais peut-être aussi par nécessité (pression implicite du milieu) car il s’agit de se donner une conscience politique sans prendre le risque d’être exclu ou raillé par qui que ce soit.

Pour Cohn-Bendit, c’est très différent. Lui ne vise pas les hautes institutions, il se satisfait très bien de l’exercice d’un pouvoir plus concret : briller lui importe davantage que contrôler. Les présidentielles : il n’ira pas, jamais, il l’a promis et chacun veut bien croire que la fonction est incompatible avec ce qu’il est. Parce que Cohn-Bendit refuse toute affiliation, ne veut pas être encarté ; c’est qu’il lui faut jouir, il lui faut savourer sa liberté et même si elle n’était qu’un leurre (ce n’est pas le cas), il agirait de même.

EELV lui permet cela. Il peut ainsi avoir une place politique importante, satisfaire son désir de domination – dans le sens ou il a toutes les cartes en main et peut se moquer du jeu des autres, lui qui a assumé d’être le Gargantua poli de la scène politique hexagonale. Notre ogre libéral-libertaire s’en trouve ainsi marqué à gauche, son foyer naturel, en étant un agent indépendant mais actif : il peut tout faire chavirer alors même qu’il n’a qu’un pied dans le vaisseau.

Cohn-Bendit récupère donc tous les bénéfices de la puissance effective, sans même se mouiller, sans mettre les mains dans le cambouis, sans être engagé comme il le serait s’il était au PS. Il y a donc, chez lui, un refus de faire face, esquivé avec virtuosité. Accessoirement c’est sans doute ce qui le rend si détestable au regard de certaines populations « de droite » (celle du travail, celle patriote et celle des valeurs, de la morale et des traditions).

Dès lors, il apparaît évident que ces deux-là se soit ligués et camouflés derrière la candidature « Joly ». Sans doute la situation amuse-t-elle Cohn-Bendit, qui est l’importateur d’Eva Joly ; il lui a donné son ticket pour la gloire et la regarde se débattre. Ce sacrifice écoeurant, roublard et peut-être malsain n’est pas que l’oeuvre d’un hédoniste, c’est aussi le fruit de la philosophie libertaire, espace idéologique romantique par son goût du chaos, du consumérisme qu’on imagine forcément flamboyant. Mais ce n’est pas celle qui peut être en charge du Monde, sinon celui-ci devient une fête, mais une fête pour si peu.

Ce tandem, mais aussi l’ensemble des cadres de EELV, ont alors fait savoir qu’ils se rappelaient à leurs engagements d’alliés supposés. Mais le résultat est terrible, puisqu’ils ont fait de Madame Joly une assistée, donnant l’impression qu’il était nécessaire d’interpeller les personnages proéminents pour assumer la campagne, voir la faire exister. Pire, cette assistance n’est qu’un faux-semblant grotesque, puisqu’en vérité ces associés dénigrent toujours ce que leur championne présumée fait, dit, mais aussi est (« la république irréprochable, moi je sais pas ce que ça veut dire »). Les hypocrites y verront un modèle de démocratie interne ; les adversaires, une aubaine et un cadeau.

La stratégie du sabordage & des concessions confortables

Avant de tuer Joly, les figures de EELV ont démolit tout ce qui était susceptible de remettre en question, relancer, diversifier ou préciser les positions du parti. L’échec de Hulot aux primaires de 2011 est la stigmate de ce phénomène, de cette industrie de planqués. Une victoire de Hulot menaçait EELV d’une intervention, voir d’une prise extérieure sur le parti. Il y avait le risque d’une clarification, d’une unité et surtout, ô cauchemar, d’une vague populaire.

Deux chamboulements inadmissibles auraient alors secoué le mouvement ; d’abord, séduire un électorat « populaire », moins orienté sur la gauche et plutôt sensible au charisme (contestable sans doute, mais effectif) de Hulot ; voilà qui aurait entâchée l’image d’EELV (qui se veut élitiste et éclairé), aussitôt en position déceptive pour ses maîtres. Ensuite, bien sûr, un succès précipiterait le parti aux responsabilités, stabiliserait le mouvement et son action et obligerait ses membres à rendre des comptes. Car les écolos, ce n’est dans le fond qu’un petit club ; on s’y chamaille, mais c’est un tremplin au service de carrières, rien d’autre, sauf lorsqu’on a décidé, justement, de capitaliser sur un leader important, parce qu’il y a une occasion et que le ciel est clair pour la gauche (Mamère en 2002).

Au-delà des turpitudes minables du parti étiqueté « écologiste », cette stratégie du sabordage réduit encore la possibilité d’alternatives aux deux blocs « mainstream » et à la logique d’affrontement stérile de deux mastodontes gravitant autour de modèles similaires mais se disputant sur les axes et l’esthétique des postures. Par conséquent, ceux qui reprochent au FN d’être un recours toxique n’ont pas d’ « alternative républicaine ».

Las, la stratégie d’EELV consiste à empiler les succès aux élections intermédiaires pour glorifier quelques personnalités, leur donner un créneau ou ils excellent et une machine qui leur permet une certaine autonomie. Ceci, tout en étant affilié à une majorité évidente, qui assume pour eux le principe du réel (ou se dérobe, mais c’est à sa charge). Pendant ce temps là, la star montante (ou stagnante) a tout loisir d’animer les débats sans jamais trop s’investir et récupérer tous les thèmes que les autres ménagent, par prudence, raison, stratégie (électorale ou de gouvernement) ou pragmatisme. En somme, le modèle individuel de Cohn-Bendit s’est généralisé à EELV (mais l’action politicienne de Jack Lang ou Rachida Dati, voir Rama Yade ou Luc Ferry, est du même acabit).

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Voilà, madame Joly – je suis obligé de revenir vers vous pour conclure, parce que ceux qui devraient être vos sbires, vos bras droits et vos promoteurs occupent davantage le terrain que vous et ont pris l’ascendant sur le petit bloc vert dont vous êtes la porte-parole bizutée. Vous serez probablement zappée en vitesse, surtout que vous ne touchez aucun public particulier : vous ne captivez pas un profil spécifique, en dépit de votre allure et de votre style pourtant assez hors-normes. C’est dommage, mais c’est aussi de votre faute, car vous êtes, peut-être malgré vous, le prototype d’une forme de dérive du progressisme (le « fascisme » de gauche) qui s’avère être le cheval de Troie du Mondialisme.

C’est cet excès qui, par-delà les calculs politiciens, les performances et les parures rhétoriques ou stylistiques, est la raison profonde de votre inévitable échec.  Vous incarnez la ramification extrême d’une branche de la pensée mondialiste et c’est pour ce motif que vos partenaires vous renieront, prenant des distances avec tant de déviances multiculturalistes et procédurières – et même liberticides (ou quand le paradoxe émerge et menace de flanquer par terre toute une cohérence ténue). En quelque sorte, vous pourriez, si vous demeurez telle que vous vous présentez aujourd’hui, être la facette « extrême » gênante de ce que seront vos collègues dominants ; comme l’homme de gauche se justifie de sa position de gauche en mettant en avant, sans avoir l’air, qu’il est une version atténuée de son homologue radical (Mélenchon aujourd’hui par exemple – que Hollande commence à faire semblant de prendre pour un interlocuteur possible, vraisemblablement pour installer l’idée qu’ils sont tous les deux liés mais séparés par des nuances – façon de maintenir l’illusion d’une cohérence du bloc de gauche & même de la validité d’une « gauche »). Vous êtes un peu la Le Pen du centre-gauche ; une position enviable, mais… Bon courage !

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6 Réponses to “MADAME JOLY, JE COMPATIS”

  1. alice in oliver février 7, 2012 à 11:05 #

    j’ai pu entendre Eva Joly chez Laurent Ruquier: bah, si elle fait ses 3%, c’est déjà pas si mal !

    • zogarok février 7, 2012 à 11:37 #

      J’ai vu ce passage sur internet hier ; Eva Joly a parfaitement incarné cette gauche délétère qui envisage « le progressisme » partout sans réaliser que ses intentions frisent le fascisme cool. On est face à cette espèce de gauche qui aspire à abolir tous les symboles qui structurent une nation et font la démonstration de sa richesse et de son histoire (jusqu’à relayer l’idée de raser l’hymne nationale, la parade du 14 juillet). Elle a souligné qu’en Europe, seule la France et la Russie mettait en scène un défilé militaire lors de leur fête nationale ; et alors, est-ce une manifestation hostile et belliqueuse ? Non, et pour ce qui est du « jour de fraternité et de solidarité, d’amour entre tous » (ce n’est pas sa formule, mais je traduit l’idée), la fête nationale en est déjà une, puisque c’est censé être un moment de réconciliation entre les forces françaises, par-delà tous les clivages, toutes les divergences… Enfin, ça le serait (encore) si, sans aller jusqu’à aimer la France, certains idéologues naifs apprenaient à nuancer leurs fumisteries et surtout, évitait d’alimenter la rancoeur à l’égard d’une patrie qui, si on ne l’a pas choisie (et moi le premier – je n’ai aucune fierté particulière d’être français, loin de là -et d’ailleurs ces symboles me laissent plutôt indifférent-, je ne m’applique pas à en avoir honte pour autant), peut être un cadre sain.

      • alice in oliver février 7, 2012 à 13:24 #

        J’ai l’impression surtout d’entendre une femme qui est totalement à côté de la plaque. C’est probablement le plus mauvais choix des Verts depuis qu’ils présentent quelqu’un pour les présidentielles.

        • zogarok février 7, 2012 à 13:36 #

          Oui c’est sûr que même d’un point institutionnel ou de simple carrure de présidentiable, c’est aussi lamentable que « décalé ». Voynet n’avait évidemment pas non plus la stature, mais elle ressemblait davantage à un leader politique crédible et audible & elle avait un aplomb que Joly n’a pas.

          Hulot, au moins, aurait dépassé les clivages et sa nouveauté aurait attiré beaucoup d’électeurs potentiels, surtout vu le contexte de défiance envers ce « sérail » auquel Joly prétendait justement, samedi chez Ruquier, ne pas appartenir.

  2. alice in oliver février 8, 2012 à 10:12 #

    tiens, tu viens de me rappeler le nom de Nicolas Hulot. Au moins, il a eu le mérite d’abandonner l’idée d’une candidature aux présidentielles

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