BAYROU, PERDU A JAMAIS ?

28 avr

Bayrou n’aura jamais réussi à dépasser quelques idées fixes et quelques paradoxes qu’il a minimisé ; sans doute a-t-il cru trouver finalement des fidèles prêts à le suivre vers un horizon pour lequel eux n’étaient pas prédestinés. Mais ils sont bien trop peu à lui faire confiance aussi aveuglément.

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Bayrou voudrait incarner une synthèse des sociaux-libéraux de centre-gauche et de centre-droit pour formaliser l’association idéale qui permettrait d’engendrer la sociale-démocratie à la française. Mais Bayrou est resté prisonnier d’un autre modèle lui aussi plus épanoui un peu plus à l’Est et au Nord : c’est la démocratie chrétienne, dont il est issu. Finalement, 2007 n’aura été qu’une vaine parenthèse, leurrant – surtout pour l’intéressé lui-même – que tout pouvait devenir possible, alors que Bayrou était un simple capteur mais aussi le fossoyeur même pas flamboyant du centrisme made in France… Aujourd’hui, la carte électorale révèle un retour aux publics traditionnels, soit le petit cercle des centristes historiques (sur-représenté dans les formations mais bien plus transparent dans la population civile) et, comble cruel, des zones les plus marquées par l’emprise catholique.

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Simple étape dans une quête globale et multiple d’Alternative ?

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Depuis la chute des vieux schémas, avec l’inaptitude des gauches à « changer la vie » et l’inhibition des droites, les électeurs cherchent une alternative. Le déclic a eu lieu à la fin des 90s, sous l’ère Chirac, après que Tapie ait incarnée une gauche forte qui ressemblait à une nouvelle droite nihiliste, et que les souverainistes soient réduit à l’animation folklorique autour d’un DeVilliers incapable de joindre deux bouts peu compatibles, c’est-à-dire le bloc RPR/UDF et le FN, tandem improbable dont il était une sorte d’enfant poli et sournois, mais à chaque fois réduit au silence, à genoux les mains dans le dos.

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Le désir d’alternative a porté vers Bayrou en 2007 ; mais cet arrivage massif avait déjà migré en 2009 pour faciliter le triomphe d’Europe Ecologie, avant de se réfugier à nouveau dans l’abstention, le vote blanc ou la recomposition du vote FN et, dans une autre mesure, du Front de Gauche.

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Derrière les scores intéressants de Mélenchon et Marine Le Pen (exactement 29% des suffrages), il y a ce désir de radicalité et de rupture que le réformisme serein mais exigeant de Bayrou refroidit. Si de telles postures n’ont pas été un problème auparavant, au moment ou le basculement vers des lendemains de restriction et d’incertitudes économiques est concret, imminent et surtout intégré, cette volonté de jouer l’apaisement dresse un mur car elle est inadéquate.

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Bayrou n’avait qu’à simuler l’absence d’urgence, éviter d’évoquer le problème de la dette que les Français devront résoudre de force ; alors peut-être aurait-il pu supplanter Hollande. Mais il faut beaucoup de chance ou un entourage significatif, or Douste-Blazy est un symbole déplorable, car il valide jusque dans sa silhouette l’amalgame entre centrisme et néant, entre modération et confusion, entre prudence et conservatisme. Et puis il aurait fallu que l’homme à remplacer cumule les erreurs stratégiques ; or celui-là s’appelle Nicolas Sarkozy et non pas François Hollande. Malheureusement, Bayrou ne peut reprendre le flambeau de cette droite qu’il s’est borné à réprouver ; il veut incarner ce centrisme vaguement gauchisant qu’aujourd’hui des plus forts s’approprient.

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Ce que ne veux pas admettre Bayrou, c’est qu’une large proportion des Français a compris les menaces qui pèsent sur leur avenir, mais que ceux-là, pour la plupart, ne sont pas décidés soit à se sacrifier, soit à se résigner. Les temps qui courent n’inspirent pas des aspirations consensuelles, mais plutôt une révolte brutale ou bien au minimum une soumission passive-agressive. Les deux candidats-leaders l’ont saisi : c’est pour cela que François Hollande joue à celui qui  »renégociera » le Pacte de Stabilité afin de mieux faire croire aux français qu’ils limitent les dégâts, alors qu’ils s’apprêteront à applaudir le couperet. Les marchés l’ont écrit : le SMIC sera réduit drastiquement, le CDI sera balayé afin de précariser l’ensemble des travailleurs.

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La raison de Bayrou ressemble à une incantation de politicards privilégié qui inviterait la plèbe à sagement courber l’échine en attendant la fin des intempéries. Or dans la lumière il n’y a pas d’horizon salvateur qui compenserait ; dans l’ombre, il y a des individus qui partout réalisent que les conditions d’un soulèvement de masse, mais peut-être tardif, sont réunies. Difficile alors de susciter l’espoir, surtout si les diagnostics débouchent sur la plus violente des prescriptions, c’est-à-dire européisme accéléré, technocratie accrue et rigueur intransigeante. Quand bien même un guérisseur affable nous expliquerait qu’il faut rester positif, on perd confiance.

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Bayrou, trop précoce ?

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Resurgit alors cette éternelle interrogation : et si Bayrou avait ratée sa chance historique… en 2007 ? Peut-être serait-il devenu le Hollande amélioré d’aujourd’hui, capable de créer des ponts entre les socialistes d’étiquette et les socialistes  »libéraux », les socialistes dogmatiques et les socialistes de principes, tous prêts, par stratégie, par entrisme ou par reconversion, à se ranger dans le sillage de la nouvelle Gauche, celle que Mélenchon conspue (avec raison – c’est la base-même de sa légitimité). Bayrou aurait pu se passer de ces compagnons de route essentiels mais un peu gênants que sont les Raffarin, Morin et Cavada, pour se précipiter dans les bras de ses nouveaux compagnons (« socialistes » donc) en les associant à ses collègues intimes (les « démocrates ») et devenir le père fondateur de cette famille recomposée qui dans un futur antérieur, constituait une projection tellement fascinante… Mais ce n’est pas parce qu’une vision ne s’est pas concrétisée qu’elle n’a pas eu le temps de basculer vers la désuétude ; en somme, Bayrou serait passé d’un immobilisme à un autre. Sa cécité devant le malaise de civilisation l’aurait protégé de cette cruelle révélation : en dépit de tous ses efforts et de sa compréhension plus globale que celle de ses petits camarades, François Bayrou est toujours le défenseur d’une arrière-garde, réformée seulement sur le papier.

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L’autre possibilité, pas moins lointaine mais plus cohérente et simple, c’est la reformation d’une sorte d’UDF. Si l’UMP implose ou que ses lieutenants gravitent de plus en plus clairement autour d’un rassemblement orchestré par Marine Le Pen, les centristes, les « modérés » et les « humanistes » de l’UMP, ainsi que l’aile libérale, pourraient se tourner vers le MoDem. Rama Yade et Jean-Louis Borloo joueront les hôtesses lors de ces retrouvailles, on évoquera l’incroyable popularité de François Bayrou (candidat le plus apprécié pendant la campagne 2012), peut-être d’ailleurs pour que le destin de ce dernier lui soit volé par une nouvelle génération, celle de Rama Yade et de Franck Riester. Pour l’anecdote, il sera intéressant de voir, dans une telle situation, ou se faufilera l’anguille Copé. 

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Un tel mouvement se trouverait alors au milieu du bloc PS/EELV et du rassemblement nouveau autour de feu le FN ; il pourrait être une sorte de chape de sécurité séparant l’échiquier politique de ce dernier, tout en allant quelquefois y piocher quelques thématiques qu’il s’agirait de reformuler dans un esprit de tolérance, d’harmonie et de paix… Cette formation aura la responsabilité de toujours contenir cette droite offensive et surtout de ne jamais le rejoindre ; simuler des ouvertures  »idéologiques » ponctuelles tout en raillant la candeur délicieuse du bloc de gauche modérée permettra alors à cette droite réfnovée et new look d’incarner la raison, synthèse de modernité et de tempérance. Il s’agira en quelque sorte de centristes validant les dogmes de la droite atlantiste tout en annexant les postures sociétales de la gauche américaine. Bayrou deviendra alors peut-être un vieux sage inaudible, omniprésent mais finalement transparent, qui ne trouverait sa valeur qu’une fois disparu. 

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* Article publié le même jour sur AgoraVox

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6 Réponses to “BAYROU, PERDU A JAMAIS ?”

  1. arielmonroe mai 6, 2012 at 19:20 #

    Ne pas vendre la peau de l’ours… Et que penses-tu de sa prise de position ? Est-ce que ça confirme ce que tu pensais ou pas ? Et alors, est-ce que Bayrou va devenir premier ministre comme je le crois possible ?

    • zogarok mai 7, 2012 at 00:40 #

      Je crois qu’il a fait l’erreur de sa vie : c’est ce qu’il aurait dû faire, mais en 2007, or depuis ce temps-là, son électorat est repassé vers le centre-droit (les chiffres des reports évoquent 41% pour Sarkozy). Une défaite de François Hollande aurait été la meilleure issue pour Bayrou, qui aurait alors pu se substituer à lui et aspirer jusqu’au centre-gauche, quitte à supplanter la Gauche face à Mélenchon. Il s’est largement compliqué la vie en tout cas…

      Sans doute Bayrou espère-t-il maintenant devenir PM, mais Hollande a dit refuser l’ouverture et même si les mois à venir permettront de relativiser cette déclaration, Bayrou ne sera pas sa priorité. En revanche, un bloc de centre-gauche a de fortes chances d’être formé. Pauvre Bayrou qui ratera encore sa chance ; je crois que cet homme a raté son destin, il a toujours été en décalage ; soit en avance, soit en retard par rapport aux attentes de l’époque ; et souvent loin des aspirations de son électorat réel et non fantasmé (je crois qu’il y a un problème à ce niveau chez Bayrou, issu des rangs de la famille Boutin-De Villiers et qui se rêve aujourd’hui comme un rocardien).

      • arielmonroe mai 9, 2012 at 22:48 #

        Tu y vas fort. Rien n’est jamais perdu, c’est quand même le troisième homme de 2007, il a refondé son parti, ces choses là restent.

        Martine Aubry vient de s’exprimer à son sujet, le félicitant pour son intégrité mais esquivant gentiment toute alliance. Les socialistes crachent sur une main tendue… nous verrons bien, je pense qu’ils ont tort.

        • zogarok mai 12, 2012 at 12:09 #

          Il n’y a pas grand-chose à gagner à s’enticher de Bayrou. Il récolte parce qu’il est à l’intersection des grandes formations adaptées au système ; mais il n’en est pas le carrefour et son MoDem est une machine bien trop usée. Le poids des militants est disproportionné par rapport à la masse des électeurs.

  2. arielmonroe mai 25, 2012 at 22:30 #

    Ca c’est vrai, il y a beaucoup de militants motivés… mais en général, ils ne durent pas longtemps, ou alors ils finissent par passer vers une autre chapelle. Les militants sont là mais il faut savoir les mobiliser, sinon le risque c’est qu’ils en soient frustrés.

    • zogarok mai 26, 2012 at 10:37 #

      Je pousserai un peu plus loin en affirmant que le « centre » devient un lieu de passage, pour les militants idéalistes mais plutôt « libéraux » dans l’idée ; et que ce sera probablement, bientôt, un lieu de passage pour des personnalités politiques – un peu comme EELV, mais en plus ouvert (à toutes les formes voir formules politiques) et plus transparents (pas de doutes sur les ambitions et finalités visées) : un tremplin vers l’un ou l’autre des deux facettes du global party libéral-bourgeois.

      L’autre problème, plus immédiat, c’est la solitude de Bayrou, assumée et parfois recherchée, qui supplante son mouvement et gomme toutes les intentions. Les militants motivés sont donc condamnés à la frustration.

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